<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Nombres Réels on kenji.blog</title><link>http://kenji.blog/fr/tags/nombres-r%C3%A9els/</link><description>Recent content in Nombres Réels on kenji.blog</description><generator>Hugo -- gohugo.io</generator><language>fr</language><copyright>kenjinote</copyright><lastBuildDate>Thu, 10 Sep 2026 12:00:00 +0900</lastBuildDate><atom:link href="http://kenji.blog/fr/tags/nombres-r%C3%A9els/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><item><title>Le paradoxe de Richard : la contradiction provoquée par les nombres décimaux infinis et l'"argument de la diagonale"</title><link>http://kenji.blog/fr/p/richards-paradox/</link><pubDate>Thu, 10 Sep 2026 12:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/richards-paradox/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/richards-paradox/img/richards_paradox.jpg" alt="Featured image of post Le paradoxe de Richard : la contradiction provoquée par les nombres décimaux infinis et l'"argument de la diagonale"" />&lt;h2 id="1-la-liste-des-nombres-définissables-par-des-mots">1. La liste des nombres définissables par des mots
&lt;/h2>&lt;p>Le &amp;ldquo;paradoxe de Richard&amp;rdquo;, présenté en 1905 par le mathématicien français Jules Richard, est en quelque sorte le parent du &amp;ldquo;paradoxe de Berry&amp;rdquo; que nous avons vu précédemment. Cependant, celui-ci est plus mathématique et contient une contradiction profonde qui semble scruter l&amp;rsquo;infini.&lt;/p>
&lt;p>Tout d&amp;rsquo;abord, imaginez que nous rassemblons &lt;strong>&amp;ldquo;tous les nombres réels (décimaux) compris entre 0 et 1 qui peuvent être parfaitement définis par une phrase en français&amp;rdquo;&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Par exemple, des nombres comme ceux-ci :&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>&amp;ldquo;Zéro virgule cinq&amp;rdquo; $\rightarrow$ $0.5$&lt;/li>
&lt;li>&amp;ldquo;Un tiers&amp;rdquo; $\rightarrow$ $0.333333...$&lt;/li>
&lt;li>&amp;ldquo;Le nombre formé par les décimales de pi&amp;rdquo; $\rightarrow$ $0.14159265...$&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;p>Puisque les combinaisons de phrases pouvant être exprimées en français ne sont que des réarrangements de lettres trouvées dans le dictionnaire, il est possible de leur donner un &amp;ldquo;ordre&amp;rdquo;.
(Par exemple, en les triant par ordre croissant du nombre de lettres, et à nombre de lettres égal, par ordre alphabétique.)&lt;/p>
&lt;p>Ainsi, nous avons pu créer une &lt;strong>liste numérotée à l&amp;rsquo;infini&lt;/strong> (1er, 2e, 3e&amp;hellip;) de &amp;ldquo;tous les nombres réels définissables en français&amp;rdquo;.&lt;/p>
$$
\begin{align*}
r_1 &amp;= 0.\mathbf{3}333... \\
r_2 &amp;= 0.5\mathbf{0}00... \\
r_3 &amp;= 0.14\mathbf{1}5... \\
r_4 &amp;= 0.777\mathbf{7}... \\
&amp;\vdots
\end{align*}
$$
&lt;p>Dans cette liste, &amp;ldquo;absolument tous les nombres réels définissables en français&amp;rdquo; devraient être parfaitement répertoriés, sans aucune exception.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="2-la-technique-diabolique--largument-de-la-diagonale">2. La technique diabolique : l&amp;rsquo;&amp;ldquo;argument de la diagonale&amp;rdquo;
&lt;/h2>&lt;p>C&amp;rsquo;est ici que Richard effectue une opération terrifiante.
Il crée artificiellement un &lt;strong>&amp;ldquo;nouveau nombre $X$ complètement inédit&amp;rdquo;&lt;/strong>, de telle sorte qu&amp;rsquo;il évite tous les nombres de la liste.&lt;/p>
&lt;p>La méthode de fabrication est simple.&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>Regardez la &lt;strong>1ère décimale&lt;/strong> du &lt;strong>1er&lt;/strong> nombre de la liste (dans l&amp;rsquo;exemple ci-dessus, $3$). Ajoutez $1$ à ce chiffre, et cela devient la 1ère décimale de $X$ ($3+1=4$).&lt;/li>
&lt;li>Regardez la &lt;strong>2e décimale&lt;/strong> du &lt;strong>2e&lt;/strong> nombre de la liste (dans l&amp;rsquo;exemple ci-dessus, $0$). Ajoutez $1$ à ce chiffre, et cela devient la 2e décimale de $X$ ($0+1=1$).&lt;/li>
&lt;li>Regardez la &lt;strong>3e décimale&lt;/strong> du &lt;strong>3e&lt;/strong> nombre de la liste (dans l&amp;rsquo;exemple ci-dessus, $1$). Ajoutez $1$ à ce chiffre, et cela devient la 3e décimale de $X$ ($1+1=2$).&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;p>※ Si le chiffre d&amp;rsquo;origine est $9$, on suppose qu&amp;rsquo;il revient à $0$.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph TD
subgraph "Les nombres réels listés"
R1["r1 = 0.[3]33..."]
R2["r2 = 0.5[0]0..."]
R3["r3 = 0.14[1]..."]
R4["r4 = 0.777[7]..."]
end
subgraph "Le nouveau nombre créé X"
X["X = 0.4128..."]
end
R1 -->|Ajouter 1 à la 1ère décimale| X
R2 -->|Ajouter 1 à la 2e décimale| X
R3 -->|Ajouter 1 à la 3e décimale| X
R4 -->|Ajouter 1 à la 4e décimale| X
style X fill:#aaffaa,stroke:#333,stroke-width:2px&lt;/div>
&lt;p>Le nouveau nombre $X$ créé de cette manière (dans l&amp;rsquo;exemple ci-dessus, $X = 0.4128...$) ne correspondra &lt;strong>absolument jamais à aucun nombre de la liste&lt;/strong>.
Pourquoi ? Parce que la &amp;ldquo;$n$-ième décimale&amp;rdquo; est intentionnellement décalée par rapport au $n$-ième nombre de la liste.
(Cette technique, inventée par le génial mathématicien Cantor pour prouver la grandeur infinie des nombres réels, est appelée l&amp;rsquo;&lt;strong>&amp;ldquo;argument de la diagonale&amp;rdquo;&lt;/strong>.)&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="3-lachèvement-du-paradoxe-de-richard">3. L&amp;rsquo;achèvement du paradoxe de Richard
&lt;/h2>&lt;p>Maintenant, voici le paradoxe.&lt;/p>
&lt;p>Nous venons tout juste de créer un nouveau nombre $X$.
Et la &amp;ldquo;règle&amp;rdquo; pour créer ce $X$ est parfaitement expliquée (définie) par &lt;strong>la phrase en français que je viens d&amp;rsquo;écrire ci-dessus&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>En d&amp;rsquo;autres termes, $X$ est un &lt;strong>&amp;ldquo;nombre réel définissable en français&amp;rdquo;&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Cependant, souvenez-vous de la prémisse initiale.
&amp;ldquo;Les nombres réels définissables en français&amp;rdquo; devaient être &lt;strong>tous répertoriés dans la première liste ($r_1, r_2, r_3...$)&lt;/strong>.
Pourtant, $X$ a été conçu de manière à ne correspondre à aucun nombre de la liste.&lt;/p>
&lt;ol>
&lt;li>&lt;strong>$X$ doit exister dans la liste (car il a été défini en français).&lt;/strong>&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>$X$ ne doit pas exister dans la liste (car il a été conçu par l&amp;rsquo;argument de la diagonale pour être différent de tous les nombres de la liste).&lt;/strong>&lt;/li>
&lt;/ol>
&lt;p>C&amp;rsquo;est une contradiction parfaite ! C&amp;rsquo;est le paradoxe de Richard.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="4-pourquoi-la-logique-sest-elle-effondrée--le-piège-du-métalangage">4. Pourquoi la logique s&amp;rsquo;est-elle effondrée ? (Le piège du métalangage)
&lt;/h2>&lt;p>La cause de ce paradoxe, tout comme le paradoxe de Berry, réside dans la confusion des &amp;ldquo;niveaux de langage&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;p>Pour faire des mathématiques de manière rigoureuse, il faut séparer clairement la &amp;ldquo;liste des nombres cibles (le langage objet)&amp;rdquo; et les &amp;ldquo;règles qui parlent de l&amp;rsquo;extérieur des propriétés de cette liste (le métalangage)&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;p>La liste de Richard est un rassemblement de &amp;ldquo;définitions de nombres calculables&amp;rdquo;.
Cependant, la règle pour créer le nouveau nombre $X$, &amp;ldquo;regarder la $n$-ième décimale du $n$-ième nombre de la liste&amp;rdquo;, est une opération du &lt;strong>&amp;ldquo;métalangage&amp;rdquo; qui ne peut être exécutée qu&amp;rsquo;en observant la liste elle-même de l&amp;rsquo;extérieur&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Le paradoxe de Richard a explosé en une contradiction interne parce qu&amp;rsquo;il a tenté de glisser secrètement ce &amp;ldquo;nombre métalinguistique $X$ créé en manipulant la liste de l&amp;rsquo;extérieur&amp;rdquo; à l&amp;rsquo;intérieur de la &amp;ldquo;liste interne&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="5-le-passage-de-témoin-à-gödel">5. Le passage de témoin à Gödel
&lt;/h2>&lt;p>Le paradoxe de Richard a provoqué une grande onde de choc dans le monde mathématique de l&amp;rsquo;époque.
&amp;ldquo;Le langage humain (et les systèmes logiques), si l&amp;rsquo;on n&amp;rsquo;y prend pas garde, peuvent rapidement générer des contradictions internes. Que doit-on faire pour rendre les mathématiques parfaites et exemptes de contradictions ?&amp;rdquo;&lt;/p>
&lt;p>En 1931, c&amp;rsquo;est Kurt Gödel, un jeune mathématicien de génie de 25 ans, qui a apporté une conclusion définitive à ce problème.
Gödel a parfaitement traduit et reproduit la structure de ce paradoxe, que Richard avait provoqué en utilisant &amp;ldquo;l&amp;rsquo;ambiguïté du langage humain&amp;rdquo;, à l&amp;rsquo;aide de &lt;strong>&amp;ldquo;formules mathématiques rigoureuses (nombres de Gödel)&amp;rdquo;&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Le résultat qui en a découlé est le célèbre &lt;strong>&amp;ldquo;théorème d&amp;rsquo;incomplétude de Gödel&amp;rdquo;&lt;/strong>.
C&amp;rsquo;était une découverte majeure démontrant les limites du savoir humain : &amp;ldquo;Aussi rigoureusement que vous définissiez les règles mathématiques, il y aura toujours dans ces règles des &amp;lsquo;vérités qui ne peuvent être ni prouvées ni réfutées&amp;rsquo; (les mathématiques sont incomplètes).&amp;rdquo;&lt;/p>
&lt;p>Le paradoxe de Richard a commencé comme un simple jeu de mots contradictoire, pour évoluer ensuite en l&amp;rsquo;arme ultime permettant de briser &amp;ldquo;l&amp;rsquo;absoluité&amp;rdquo; de la discipline mathématique elle-même.&lt;/p></description></item></channel></rss>