<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Infini on kenji.blog</title><link>http://kenji.blog/fr/tags/infini/</link><description>Recent content in Infini on kenji.blog</description><generator>Hugo -- gohugo.io</generator><language>fr</language><copyright>kenjinote</copyright><lastBuildDate>Thu, 10 Sep 2026 21:00:00 +0900</lastBuildDate><atom:link href="http://kenji.blog/fr/tags/infini/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><item><title>Peut-on la remplir de peinture sans pouvoir en peindre la surface ? : La Trompette de Gabriel</title><link>http://kenji.blog/fr/p/gabriels-horn/</link><pubDate>Thu, 10 Sep 2026 21:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/gabriels-horn/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/gabriels-horn/img/gabriels_horn.jpg" alt="Featured image of post Peut-on la remplir de peinture sans pouvoir en peindre la surface ? : La Trompette de Gabriel" />&lt;p>Que se passerait-il s&amp;rsquo;il existait un récipient dont le &amp;ldquo;volume est fini, mais la surface est infinie&amp;rdquo; ?
Intuitivement, cela semble impossible, mais un tel objet tridimensionnel existe bel et bien dans le monde des mathématiques. Il s&amp;rsquo;agit de la figure appelée &lt;strong>&amp;ldquo;Trompette de Gabriel&amp;rdquo; (Gabriel&amp;rsquo;s Horn)&lt;/strong>, également connue sous le nom de &lt;strong>&amp;ldquo;Trompette de Torricelli&amp;rdquo;&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Découverte en 1641 par le mathématicien italien Evangelista Torricelli, cette figure a causé un grand choc aux mathématiciens et philosophes de l&amp;rsquo;époque, déclenchant un débat passionné sur la nature de l&amp;rsquo;&amp;ldquo;infini&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;h2 id="le-paradoxe-du-peintre">Le paradoxe du peintre
&lt;/h2>&lt;p>Si l&amp;rsquo;on compare les propriétés de cette figure à de la &amp;ldquo;peinture&amp;rdquo; quotidienne, le curieux paradoxe suivant se produit :&lt;/p>
&lt;ol>
&lt;li>&lt;strong>Si l&amp;rsquo;on remplit la trompette de peinture&lt;/strong> :
Le volume de la trompette étant fini (exactement $\pi$), il suffit d&amp;rsquo;y verser seulement $\pi$ litres (environ 3,14 litres) de peinture pour en remplir complètement l&amp;rsquo;intérieur.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Si l&amp;rsquo;on peint la surface de la trompette&lt;/strong> :
La surface de la trompette est infinie. Par conséquent, si vous essayez de peindre la surface intérieure (ou extérieure) avec un pinceau, peu importe la quantité de peinture que vous préparez, vous ne finirez jamais de la peindre.&lt;/li>
&lt;/ol>
&lt;p>&lt;strong>&amp;ldquo;On peut remplir l&amp;rsquo;intérieur avec 3,14 litres de peinture, mais il faut une quantité infinie de peinture pour en peindre la surface.&amp;rdquo;&lt;/strong>
Pourquoi une telle situation contre-intuitive se produit-elle ?&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph TD
A["Trompette de Gabriel"] --> B["Calcul du volume (Intégrale)"]
A --> C["Calcul de la surface (Intégrale)"]
B --> B1["Volume = π (Fini)"]
B1 --> B2["L'intérieur peut être rempli de peinture"]
C --> C1["Surface = ∞ (Infinie)"]
C1 --> C2["La surface ne peut pas être entièrement peinte"]
B2 --> D{"Paradoxe !"}
C2 --> D
style A fill:#FFD54F,stroke:#333,stroke-width:2px
style B1 fill:#81C784,stroke:#333
style C1 fill:#E57373,stroke:#333,color:#fff
style D fill:#F44336,stroke:#333,color:#fff,stroke-width:3px&lt;/div>
&lt;h2 id="preuve-mathématique--la-magie-du-calcul">Preuve mathématique : La magie du calcul
&lt;/h2>&lt;p>La trompette de Gabriel est créée en faisant tourner le graphique de la fonction $y = \frac{1}{x}$ (pour $x \ge 1$) autour de l&amp;rsquo;axe des $x$.
Utilisons le calcul infinitésimal pour calculer le volume $V$ et la surface $A$ de ce solide.&lt;/p>
&lt;h3 id="1-calcul-du-volume-pourquoi-il-est-fini">1. Calcul du volume (Pourquoi il est fini)
&lt;/h3>&lt;p>Le volume $V$ du solide de révolution s&amp;rsquo;obtient en intégrant l&amp;rsquo;aire de la section transversale (un cercle de rayon $\frac{1}{x}$).&lt;/p>
$$ V = \pi \int_{1}^{\infty} \left( \frac{1}{x} \right)^2 dx = \pi \int_{1}^{\infty} \frac{1}{x^2} dx $$
&lt;p>En calculant cette intégrale définie :
&lt;/p>
$$ V = \pi \left[ -\frac{1}{x} \right]_{1}^{\infty} = \pi (0 - (-1)) = \pi $$
&lt;p>
Le résultat converge vers une valeur finie $\pi$.&lt;/p>
&lt;h3 id="2-calcul-de-la-surface-pourquoi-elle-est-infinie">2. Calcul de la surface (Pourquoi elle est infinie)
&lt;/h3>&lt;p>D&amp;rsquo;autre part, le calcul de la surface $A$ se fait comme suit :&lt;/p>
$$ A = 2\pi \int_{1}^{\infty} y \sqrt{1 + \left(\frac{dy}{dx}\right)^2} dx $$
&lt;p>Puisque &lt;/p>
$$ \frac{dy}{dx} = -\frac{1}{x^2} $$
&lt;p>, le contenu de la racine carrée devient $1 + \frac{1}{x^4}$.
Ici, comme $\sqrt{1 + \frac{1}{x^4}} > 1$ pour tout $x \ge 1$, l&amp;rsquo;inégalité suivante est vérifiée :&lt;/p>
$$ A > 2\pi \int_{1}^{\infty} \frac{1}{x} \cdot 1 dx = 2\pi \left[ \ln x \right]_{1}^{\infty} $$
&lt;p>Le logarithme naturel $\ln x$ diverge vers l&amp;rsquo;infini lorsque $x \to \infty$. Par conséquent, la surface $A$, qui est plus grande que cette valeur, divergera naturellement aussi vers l&amp;rsquo;&lt;strong>infini&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;h2 id="le-secret-de-ce-paradoxe">Le &amp;ldquo;secret&amp;rdquo; de ce paradoxe
&lt;/h2>&lt;p>Même s&amp;rsquo;il peut être prouvé comme mathématiquement correct, il peut sembler peu convaincant d&amp;rsquo;un point de vue du monde réel.
&amp;ldquo;Si l&amp;rsquo;on peut la remplir de peinture, la peinture touche la surface intérieure, donc la surface devrait également être peinte, n&amp;rsquo;est-ce pas ?&amp;rdquo;&lt;/p>
&lt;p>Ce décalage de l&amp;rsquo;intuition provient de &lt;strong>la confusion entre les concepts mathématiques et la réalité physique&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Dans le monde mathématique, &amp;ldquo;l&amp;rsquo;épaisseur&amp;rdquo; de la peinture peut être rendue infiniment mince, jusqu&amp;rsquo;à zéro. Bien que la trompette de Gabriel devienne infiniment étroite au fur et à mesure qu&amp;rsquo;elle avance, la peinture mathématique peut devenir aussi fine que possible et s&amp;rsquo;écouler au plus profond de son extrémité étroite, revêtant une surface infinie avec un volume fini (cependant, l&amp;rsquo;épaisseur de la couche de peinture se rapproche de zéro en direction de l&amp;rsquo;extrémité).&lt;/p>
&lt;p>Cependant, dans le monde physique réel, la peinture est composée d&amp;rsquo;atomes et de molécules (des particules de taille finie).
Même si l&amp;rsquo;on verse de la vraie peinture, dès que le tube de la trompette devient plus fin que le &amp;ldquo;diamètre d&amp;rsquo;une molécule de peinture&amp;rdquo;, la peinture ne peut plus avancer. En d&amp;rsquo;autres termes, il est physiquement impossible de la remplir jusqu&amp;rsquo;à son extrémité, ni d&amp;rsquo;en peindre la surface infinie.&lt;/p>
&lt;p>La trompette de Gabriel est un bel exemple qui nous enseigne que l&amp;rsquo;intuition humaine est liée aux &amp;ldquo;règles du monde fini&amp;rdquo; et ne coïncide pas toujours avec le monde du calcul qui traite de l&amp;rsquo;&amp;ldquo;infini&amp;rdquo;.&lt;/p></description></item><item><title>Quelle est la longueur de la côte britannique ? : Le paradoxe du littoral</title><link>http://kenji.blog/fr/p/coastline-paradox/</link><pubDate>Thu, 10 Sep 2026 21:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/coastline-paradox/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/coastline-paradox/img/coastline_paradox.jpg" alt="Featured image of post Quelle est la longueur de la côte britannique ? : Le paradoxe du littoral" />&lt;p>Quelle est la longueur de la côte de la Grande-Bretagne en kilomètres ?
Vous pourriez penser que si vous cherchez dans une encyclopédie ou un manuel de géographie, vous trouverez la réponse. Cependant, en réalité, il existe un fait étrange : &lt;strong>&amp;ldquo;la réponse change selon la façon dont on la mesure, et en théorie, elle devient infinie&amp;rdquo;&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>C&amp;rsquo;est ce qu&amp;rsquo;on appelle le &lt;strong>paradoxe du littoral (Coastline Paradox)&lt;/strong>. Cette découverte a ensuite conduit à la création d&amp;rsquo;un tout nouveau domaine des mathématiques appelé la « géométrie fractale ».&lt;/p>
&lt;h2 id="plus-la-règle-est-courte-plus-la-distance-sallonge">Plus la règle est courte, plus la distance s&amp;rsquo;allonge
&lt;/h2>&lt;p>Un littoral n&amp;rsquo;est pas une ligne droite, mais est composé d&amp;rsquo;une myriade de criques, de caps et d&amp;rsquo;irrégularités rocheuses.&lt;/p>
&lt;p>Supposons que nous mesurions la côte britannique avec une énorme règle (ligne droite) de 100 km de long. Avec cette règle, les dentelures des petites criques et des péninsules de moins de 100 km sont ignorées et raccourcies.&lt;/p>
&lt;p>Ensuite, remesurons-la avec une règle de 1 km de long. Alors, parce que nous mesurons le long des contours des petites baies et des caps qui étaient ignorés auparavant, la longueur totale sera certainement plus longue.&lt;/p>
&lt;p>De plus, que se passerait-il si nous mesurions les irrégularités de chaque rocher avec une règle de 1 m de long, la surface d&amp;rsquo;un caillou avec une règle de 1 cm de long, et les contours d&amp;rsquo;un grain de sable avec une règle de 1 mm de long ?&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph TD
A["Mesure du littoral"] --> B["Règle de 100 km"]
A --> C["Règle de 1 km"]
A --> D["Règle de 1 m"]
B --> B1["Ignore les petites criques"]
B1 --> B2["Résultat de la mesure : environ 2 800 km"]
C --> C1["Suit la forme des criques"]
C1 --> C2["Résultat de la mesure : environ 3 400 km"]
D --> D1["Mesure même les irrégularités des rochers"]
D1 --> D2["Résultat de la mesure : augmentation supplémentaire (théoriquement infinie)"]
style B2 fill:#FFCDD2,stroke:#333
style C2 fill:#E57373,stroke:#333
style D2 fill:#F44336,stroke:#333,color:#fff&lt;/div>
&lt;p>Lewis Fry Richardson a découvert ce phénomène empiriquement en 1951. Au fur et à mesure que l&amp;rsquo;unité de mesure (la longueur de la règle) devient plus petite, la longueur mesurée du littoral augmente sans fin.&lt;/p>
&lt;h2 id="dimension-fractale--entre-1-dimension-et-2-dimensions">Dimension fractale : Entre 1 dimension et 2 dimensions
&lt;/h2>&lt;p>C&amp;rsquo;est le mathématicien Benoît Mandelbrot qui a donné une explication mathématique à ce paradoxe. En 1967, il a publié un célèbre article dans la revue Science intitulé « Quelle est la longueur de la côte britannique ? Auto-similarité statistique et dimension fractionnaire ».&lt;/p>
&lt;p>Mandelbrot a souligné que les formes naturelles comme les littoraux ont une &lt;strong>auto-similarité (fractale)&lt;/strong>, ce qui signifie que « peu importe à quel point vous les agrandissez, des structures complexes similaires apparaissent ».&lt;/p>
&lt;p>S&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;une pure ligne droite mathématique (1 dimension), la longueur ne changera pas même si la règle est divisée par deux. Cependant, le littoral est si dentelé qu&amp;rsquo;il est plus complexe qu&amp;rsquo;une ligne en 1 dimension, et pourtant ce n&amp;rsquo;est pas non plus une surface en 2 dimensions avec une aire.&lt;/p>
&lt;p>Mandelbrot a introduit le concept de &lt;strong>« dimension fractale (Dimension de Hausdorff) »&lt;/strong> pour exprimer la complexité de telles figures.
La dimension fractale de la côte britannique est estimée à $D \approx 1.25$. En d&amp;rsquo;autres termes, la côte britannique est une entité mystérieuse qui a « une dimension supérieure à une ligne en 1 dimension, et une dimension inférieure à une surface en 2 dimensions ».&lt;/p>
&lt;p>Soit $s$ la longueur de la règle et $L(s)$ la longueur mesurée du littoral, la relation suivante s&amp;rsquo;établit avec la dimension fractale $D$.&lt;/p>
$$ L(s) \propto s^{1-D} $$
&lt;p>Dans le cas de la côte britannique, puisque $D = 1.25$, nous avons $1 - D = -0.25$.
&lt;/p>
$$ L(s) \propto s^{-0.25} $$
&lt;p>
Cela montre mathématiquement qu&amp;rsquo;à mesure que la longueur de la règle $s$ s&amp;rsquo;approche de 0, le résultat de la mesure $L(s)$ diverge vers l&amp;rsquo;infini $\infty$.&lt;/p>
&lt;h2 id="la-conclusion-ultime--la-longueur-ne-peut-être-définie">La conclusion ultime : La longueur ne peut être définie
&lt;/h2>&lt;p>Le concept de « longueur » que nous utilisons quotidiennement ne fonctionne que pour les lignes droites et les courbes lisses. Demander la « longueur absolue » de figures fractales existant dans le monde naturel (littoraux, nuages, chaînes de montagnes, ramifications des vaisseaux sanguins, etc.) n&amp;rsquo;a en fait aucun sens mathématique.&lt;/p>
&lt;p>« Quelle est la longueur de la côte britannique ? »
La réponse correcte est : « Cela dépend de la longueur de la règle de mesure », et en théorie, c&amp;rsquo;est « infini ». Le fait qu&amp;rsquo;une longueur infinie soit repliée dans un petit espace limité peut être considéré comme un beau paradoxe pour notre perception de l&amp;rsquo;espace.&lt;/p></description></item><item><title>Une flèche en plein vol est-elle immobile ? : Le paradoxe de la flèche de Zénon</title><link>http://kenji.blog/fr/p/zenos-arrow/</link><pubDate>Thu, 10 Sep 2026 21:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/zenos-arrow/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/zenos-arrow/img/zenos_arrow.jpg" alt="Featured image of post Une flèche en plein vol est-elle immobile ? : Le paradoxe de la flèche de Zénon" />&lt;p>Une flèche tirée par un arc vole dans les airs. Cette flèche est certainement en mouvement.
Cependant, le philosophe grec du 5ème siècle avant J.-C., Zénon, a développé la logique redoutable suivante :&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>« Une flèche en plein vol est en réalité immobile »&lt;/strong>&lt;/p>
&lt;p>Ce n&amp;rsquo;est ni une blague ni un sophisme, mais le &lt;strong>« Paradoxe de la flèche »&lt;/strong>, débattu sérieusement par les mathématiciens et les philosophes depuis 2500 ans.&lt;/p>
&lt;h2 id="largument-de-zénon">L&amp;rsquo;argument de Zénon
&lt;/h2>&lt;p>L&amp;rsquo;argument de Zénon prend pour point de départ le concept d&amp;rsquo;« instant du temps ».&lt;/p>
&lt;ol>
&lt;li>Le temps est une succession d&amp;rsquo;« instants ».&lt;/li>
&lt;li>Si l&amp;rsquo;on isole un instant (un point où la durée est de zéro) comme une « photographie », la flèche se « trouve » à un point précis de l&amp;rsquo;espace.&lt;/li>
&lt;li>À cet instant, la flèche ne fait qu&amp;rsquo;« occuper » cet espace et &lt;strong>ne bouge pas&lt;/strong>. (Si elle bougeait, cela nécessiterait un « intervalle de temps » et non un « instant »).&lt;/li>
&lt;li>Cela est vrai pour n&amp;rsquo;importe quel instant.&lt;/li>
&lt;li>Si la flèche est immobile à chaque instant du temps, &lt;strong>quand bouge-t-elle ?&lt;/strong>&lt;/li>
&lt;/ol>
&lt;div class="mermaid">graph TD
A["Flèche en vol"] --> B["Le temps est une succession d'instants"]
B --> C["Instant t1 : La flèche est immobile à la position A"]
B --> D["Instant t2 : La flèche est immobile à la position B"]
B --> E["Instant t3 : La flèche est immobile à la position C"]
C --> F{"À chaque instant, la flèche est immobile"}
D --> F
E --> F
F --> G["Conclusion : La flèche ne bouge pas !"]
style A fill:#2196F3,color:#fff
style F fill:#FF9800,color:#fff,stroke-width:2px
style G fill:#F44336,color:#fff,stroke-width:3px&lt;/div>
&lt;h2 id="intuition-contre-logique">Intuition contre Logique
&lt;/h2>&lt;p>« C&amp;rsquo;est ridicule. La flèche vole bel et bien », telle serait la première réaction de la plupart des gens.
Cependant, il est en réalité très difficile de pointer &lt;strong>logiquement&lt;/strong> où réside l&amp;rsquo;erreur dans l&amp;rsquo;argument de Zénon.&lt;/p>
&lt;p>En fait, on raconte que le philosophe grec antique Diogène s&amp;rsquo;est contenté de se lever et de faire les cent pas dans la pièce pour montrer à Zénon : « Regarde, ça bouge ». Toutefois, cela ne &lt;strong>réfute&lt;/strong> pas la logique de Zénon. Ce que demande Zénon n&amp;rsquo;est pas « s&amp;rsquo;il est possible de bouger », mais « si nous pouvons expliquer sans contradiction avec notre logique ce que signifie bouger ».&lt;/p>
&lt;h2 id="la-tentative-de-solution-par-le-calcul-infinitésimal">La (tentative de) solution par le calcul infinitésimal
&lt;/h2>&lt;p>Le &lt;strong>calcul infinitésimal&lt;/strong>, inventé par Newton et Leibniz au 17ème siècle, a fourni une réponse mathématique (du moins en partie) à ce paradoxe.&lt;/p>
&lt;p>Dans le calcul infinitésimal, la « vitesse à un instant donné (vitesse instantanée) » est définie comme suit :&lt;/p>
$$ v(t) = \lim_{\Delta t \to 0} \frac{\Delta x}{\Delta t} $$
&lt;p>C&amp;rsquo;est-à-dire que la vitesse est définie comme la « limite » où l&amp;rsquo;on divise la variation de position $\Delta x$ par la variation de temps $\Delta t$, alors que $\Delta t$ s&amp;rsquo;approche infiniment de zéro.&lt;/p>
&lt;p>Le point clé ici est que la &lt;strong>« vitesse instantanée » n&amp;rsquo;est pas la distance parcourue dans un intervalle de temps nul&lt;/strong>.
C&amp;rsquo;est une quantité définie comme la « tendance » d&amp;rsquo;un changement infime juste avant et après cet instant, en d&amp;rsquo;autres termes, une &lt;strong>« limite »&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Par conséquent, la réponse du point de vue du calcul infinitésimal serait la suivante :&lt;/p>
&lt;p>« Il est vrai que si l&amp;rsquo;on isole un instant de durée nulle, la flèche ne se déplace pas &amp;lsquo;dans&amp;rsquo; cet instant. Toutefois, même à cet instant, la flèche possède la propriété de &amp;lsquo;vitesse instantanée (une valeur limite non nulle)&amp;rsquo;. &amp;lsquo;Être au repos&amp;rsquo; signifie que la &amp;lsquo;vitesse instantanée est nulle&amp;rsquo;, mais comme la vitesse instantanée d&amp;rsquo;une flèche en vol n&amp;rsquo;est pas nulle, on ne peut pas dire que la flèche est &amp;lsquo;au repos&amp;rsquo;. »&lt;/p>
&lt;h2 id="questions-philosophiques-restantes">Questions philosophiques restantes
&lt;/h2>&lt;p>Le calcul infinitésimal a apporté une solution pratique au paradoxe de Zénon, mais d&amp;rsquo;un point de vue philosophique, la question n&amp;rsquo;est pas totalement réglée.&lt;/p>
&lt;p>Le concept de « limite » n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;un outil mathématique (une procédure de calcul) et ne répond pas strictement aux questions fondamentales telles que &lt;strong>« qu&amp;rsquo;est-ce physiquement que la plus petite unité de temps (un instant) ? », « qu&amp;rsquo;est-ce que la continuité ? » ou « quelle est l&amp;rsquo;essence du mouvement ? »&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>En physique moderne (mécanique quantique), la possibilité qu&amp;rsquo;il existe également des unités minimales pour le temps et l&amp;rsquo;espace (le temps de Planck, la longueur de Planck) est débattue, et si le temps est « discret (numérique) » plutôt que « continu », le paradoxe de Zénon pourrait nécessiter d&amp;rsquo;être réévalué dans un contexte complètement différent.&lt;/p>
&lt;p>La flèche de Zénon, même après 2500 ans, continue de nous interroger sur « ce qu&amp;rsquo;est le mouvement » et « ce qu&amp;rsquo;est le temps ».&lt;/p></description></item><item><title>L'Hôtel Infini de Hilbert : comment loger une infinité de nouveaux clients dans un hôtel complet</title><link>http://kenji.blog/fr/p/hilberts-grand-hotel/</link><pubDate>Thu, 10 Sep 2026 06:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/hilberts-grand-hotel/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/hilberts-grand-hotel/img/hilberts_hotel.jpg" alt="Featured image of post L'Hôtel Infini de Hilbert : comment loger une infinité de nouveaux clients dans un hôtel complet" />&lt;h2 id="1-bienvenue-dans-lhôtel-ultime">1. Bienvenue dans l&amp;rsquo;hôtel ultime
&lt;/h2>&lt;p>Le grand mathématicien allemand David Hilbert a conçu l&amp;rsquo;expérience de pensée amusante suivante pour expliquer à quel point le concept d&amp;rsquo;« infini » est éloigné de l&amp;rsquo;intuition humaine.&lt;/p>
&lt;p>Imaginez. Quelque part dans l&amp;rsquo;univers, il y a un hôtel appelé &lt;strong>« L&amp;rsquo;Hôtel Infini de Hilbert »&lt;/strong>.
Cet hôtel possède un nombre &lt;strong>infini&lt;/strong> de chambres numérotées : chambre 1, chambre 2, chambre 3&amp;hellip;&lt;/p>
&lt;p>Un jour, un grand événement a eu lieu dans l&amp;rsquo;univers, et cet hôtel infini s&amp;rsquo;est retrouvé &lt;strong>« complet »&lt;/strong>, toutes les chambres étant occupées.
Un voyageur épuisé est alors arrivé et a demandé à la réception : « Pourriez-vous me libérer une chambre ? »&lt;/p>
&lt;p>Un hôtel ordinaire n&amp;rsquo;aurait d&amp;rsquo;autre choix que de refuser en disant : « Nous sommes désolés, l&amp;rsquo;hôtel est complet. »
Cependant, il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;un hôtel infini. Le directeur a souri et a dit : « Certainement. Nous allons vous préparer une chambre immédiatement. »
Comment peut-on loger un nouveau client alors que l&amp;rsquo;hôtel est complet ?&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="2-cas-1--comment-loger-1-nouveau-client">2. Cas 1 : Comment loger 1 nouveau client
&lt;/h2>&lt;p>Le directeur a fait une annonce à tous les clients déjà séjournant dans l&amp;rsquo;hôtel :&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>« Chers clients, veuillez vous déplacer vers la chambre dont le numéro correspond à votre numéro de chambre actuel &amp;ldquo;plus 1&amp;rdquo;. »&lt;/strong>&lt;/p>
&lt;p>Que se passe-t-il alors ?&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>Le client de la chambre 1 se déplace vers la chambre 2.&lt;/li>
&lt;li>Le client de la chambre 2 se déplace vers la chambre 3.&lt;/li>
&lt;li>Le client de la chambre 3 se déplace vers la chambre 4.&lt;/li>
&lt;li>Le client de la chambre $n$ se déplace vers la chambre $n+1$.&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;div class="mermaid">graph LR
subgraph "Avant le déplacement (Complet)"
R1["Chambre 1&lt;br>(Client A)"]
R2["Chambre 2&lt;br>(Client B)"]
R3["Chambre 3&lt;br>(Client C)"]
R4["..."]
end
subgraph "Après le déplacement"
NewR1["Chambre 1&lt;br>(Vide !)"]
NewR2["Chambre 2&lt;br>(Client A)"]
NewR3["Chambre 3&lt;br>(Client B)"]
NewR4["Chambre 4&lt;br>(Client C)"]
end
R1 -->|Déplacement| NewR2
R2 -->|Déplacement| NewR3
R3 -->|Déplacement| NewR4
NewGuest["Nouveau client"] -->|Enregistrement| NewR1
style NewR1 fill:#aaffaa,stroke:#333,stroke-width:2px
style NewGuest fill:#ffaaaa,stroke:#333,stroke-width:2px&lt;/div>
&lt;p>Comme il y a une infinité de chambres, il n&amp;rsquo;arrivera jamais que « le client de la toute dernière chambre soit expulsé ». Tout le monde peut déménager sans problème dans la chambre d&amp;rsquo;à côté.
Et voilà, &lt;strong>la chambre 1 est devenue vide.&lt;/strong> Le nouveau voyageur a pu séjourner sans problème dans la chambre 1.&lt;/p>
&lt;p>Dans le monde de l&amp;rsquo;infini, $\infty + 1 = \infty$ est vrai.
Même si l&amp;rsquo;on retire « 1 » du « tout (l&amp;rsquo;infini) », la taille globale ne change pas.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="3-cas-2--comment-loger-une-infinité-de-nouveaux-clients">3. Cas 2 : Comment loger une infinité de nouveaux clients
&lt;/h2>&lt;p>Le lendemain, l&amp;rsquo;hôtel est redevenu complet.
C&amp;rsquo;est alors qu&amp;rsquo;arrive, à la surprise générale, &lt;strong>un bus infini transportant une « infinité de passagers »&lt;/strong>.
Les passagers qui descendent du bus exigent à la réception : « Préparez-nous des chambres pour tout le monde ! »&lt;/p>
&lt;p>Si l&amp;rsquo;on demande un déplacement « plus 1 » comme la veille, cela prendra une éternité.
Cependant, le directeur ne panique pas. Il fait à nouveau une annonce dans l&amp;rsquo;hôtel.&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>« Chers clients, veuillez vous déplacer vers la chambre dont le numéro correspond au &amp;ldquo;double&amp;rdquo; de votre numéro de chambre actuel. »&lt;/strong>&lt;/p>
&lt;p>Que se passe-t-il alors ?&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>Le client de la chambre 1 se déplace vers la chambre 2.&lt;/li>
&lt;li>Le client de la chambre 2 se déplace vers la chambre 4.&lt;/li>
&lt;li>Le client de la chambre 3 se déplace vers la chambre 6.&lt;/li>
&lt;li>Le client de la chambre $n$ se déplace vers la chambre $2n$.&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;p>Grâce à ce déplacement, l&amp;rsquo;infinité de clients déjà présents s&amp;rsquo;est parfaitement installée dans &lt;strong>« toutes les chambres à numéro pair »&lt;/strong>.
Et miraculeusement, &lt;strong>« toutes les chambres à numéro impair (chambre 1, chambre 3, chambre 5&amp;hellip;) » se sont retrouvées complètement vides&lt;/strong> !&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph LR
subgraph "Clients actuels"
G1["Client 1"] -->|Double| R2["Chambre 2"]
G2["Client 2"] -->|Double| R4["Chambre 4"]
G3["Client 3"] -->|Double| R6["Chambre 6"]
end
subgraph "Nouveaux clients du bus (Infinité)"
N1["Nouveau 1"] -->|Vers impair| R1["Chambre 1 (Vide)"]
N2["Nouveau 2"] -->|Vers impair| R3["Chambre 3 (Vide)"]
N3["Nouveau 3"] -->|Vers impair| R5["Chambre 5 (Vide)"]
end
style R1 fill:#aaffaa,stroke:#333
style R3 fill:#aaffaa,stroke:#333
style R5 fill:#aaffaa,stroke:#333&lt;/div>
&lt;p>Comme il existe également une infinité de nombres impairs, le directeur peut loger tout le monde en guidant les passagers du bus infini dans l&amp;rsquo;ordre, à partir du premier, vers la chambre 1, la chambre 3, la chambre 5&amp;hellip;&lt;/p>
&lt;p>Dans le monde de l&amp;rsquo;infini, $\infty + \infty = \infty$ est vrai.
Même si l&amp;rsquo;on ajoute l&amp;rsquo;infini à l&amp;rsquo;infini, la taille reste la même, c&amp;rsquo;est-à-dire l&amp;rsquo;« infini ».&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="4-cas-3--et-si-une-infinité-de-bus-infinis-arrivaient-">4. Cas 3 : Et si une infinité de bus infinis arrivaient ?
&lt;/h2>&lt;p>Le surlendemain, l&amp;rsquo;hôtel est encore complet.
C&amp;rsquo;est alors qu&amp;rsquo;arrive, incroyablement, &lt;strong>« une infinité de bus infinis transportant chacun une infinité de passagers »&lt;/strong>, l&amp;rsquo;un après l&amp;rsquo;autre.&lt;/p>
&lt;p>Une infinité de personnes dans le bus 1, une infinité de personnes dans le bus 2, une infinité de personnes dans le bus 3&amp;hellip; et cela continue indéfiniment.
Même ce directeur aurait pu paniquer, mais il était un génie des mathématiques. Il a eu l&amp;rsquo;idée d&amp;rsquo;utiliser les « nombres premiers ».&lt;/p>
&lt;p>Le directeur a donné les instructions suivantes :&lt;/p>
&lt;ol>
&lt;li>
&lt;p>&lt;strong>Déplacement des clients séjournant déjà à l&amp;rsquo;hôtel&lt;/strong>
Si le numéro de la chambre actuelle est $n$, on leur demande de se déplacer vers la chambre « $2^n$ ».
(Chambre 1 $\rightarrow$ Chambre 2, Chambre 2 $\rightarrow$ Chambre 4, Chambre 3 $\rightarrow$ Chambre 8&amp;hellip;)
Ainsi, tous les clients actuels sont logés.&lt;/p>
&lt;/li>
&lt;li>
&lt;p>&lt;strong>Placement des clients du bus 1 (une infinité)&lt;/strong>
Si le numéro de siège du client est $n$, il est dirigé vers la chambre « $3^n$ ».
(Chambre 3, Chambre 9, Chambre 27&amp;hellip;)&lt;/p>
&lt;/li>
&lt;li>
&lt;p>&lt;strong>Placement des clients du bus 2 (une infinité)&lt;/strong>
En utilisant le nombre premier suivant, 5, ils sont dirigés vers la chambre « $5^n$ ».
(Chambre 5, Chambre 25, Chambre 125&amp;hellip;)&lt;/p>
&lt;/li>
&lt;li>
&lt;p>&lt;strong>Placement des clients du bus $k$ (une infinité)&lt;/strong>
En utilisant le $k+1$-ème nombre premier $P$, ils sont dirigés vers la chambre « $P^n$ ».&lt;/p>
&lt;/li>
&lt;/ol>
&lt;p>Grâce au puissant théorème mathématique de l&amp;rsquo;« unicité de la décomposition en facteurs premiers » (n&amp;rsquo;importe quel nombre a une seule combinaison possible de multiplication de nombres premiers), il est absolument impossible que les numéros de chambre $2^n, 3^n, 5^n, 7^n \dots$ se chevauchent avec ceux de quelqu&amp;rsquo;un d&amp;rsquo;autre.&lt;/p>
&lt;p>C&amp;rsquo;est ainsi que le directeur a réussi à loger de manière spectaculaire un nombre astronomique de &lt;strong>« l&amp;rsquo;infini $\times$ l&amp;rsquo;infini »&lt;/strong> clients dans un seul hôtel infini !&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="5-linfini-a-des-différences-de--taille--le-théorème-de-cantor">5. L&amp;rsquo;infini a des différences de « taille » (Le théorème de Cantor)
&lt;/h2>&lt;p>Ce que l&amp;rsquo;Hôtel Infini de Hilbert nous apprend, c&amp;rsquo;est le fait que &lt;strong>l&amp;rsquo;« infini dénombrable » (l&amp;rsquo;infini que l&amp;rsquo;on peut compter en attribuant des numéros 1, 2, 3&amp;hellip;), peu importe combien on l&amp;rsquo;additionne ou le multiplie, finit toujours par tenir dans le cadre d&amp;rsquo;un « infini dénombrable » de la même taille.&lt;/strong>&lt;/p>
&lt;p>Cependant, le mathématicien Georg Cantor a découvert un fait encore plus terrifiant.
Les « entiers naturels » et les « fractions » peuvent tous être logés dans cet hôtel infini. Mais, &lt;strong>si les clients des « nombres réels » (tous les nombres décimaux, y compris les nombres irrationnels) arrivaient, il serait absolument impossible de tous les loger, même en utilisant cet hôtel infini.&lt;/strong>&lt;/p>
&lt;p>Il a été prouvé que la quantité de nombres réels est un « infini (de niveau supérieur) fondamentalement plus grand » que le nombre de chambres de l&amp;rsquo;Hôtel Infini (infini dénombrable).
On a tendance à tout regrouper sous le mot « infini », mais en réalité, il existe une structure hiérarchique (cardinalité) au sein de l&amp;rsquo;infini, avec un « petit infini » et un « grand infini que l&amp;rsquo;on ne peut absolument pas atteindre ».&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="6-conclusion--l-infini--qui-détruit-lintuition-humaine">6. Conclusion : L&amp;rsquo;« infini » qui détruit l&amp;rsquo;intuition humaine
&lt;/h2>&lt;p>L&amp;rsquo;Hôtel Infini de Hilbert illustre de manière éclatante à quel point le « bon sens du fini » cultivé dans notre vie quotidienne ne s&amp;rsquo;applique pas au « monde de l&amp;rsquo;infini ».&lt;/p>
&lt;p>« Le tout est plus grand que la partie »
« Personne ne peut entrer dans un hôtel complet »
« Si l&amp;rsquo;on ajoute l&amp;rsquo;infini à l&amp;rsquo;infini, cela devient encore plus grand »&lt;/p>
&lt;p>Toutes ces intuitions évidentes sont brillamment contredites.
Le monde de l&amp;rsquo;infini est un trésor de paradoxes (des vérités contraires à l&amp;rsquo;intuition). Les mathématiciens n&amp;rsquo;ont pas craint ces paradoxes ; ils les ont maîtrisés par la force de la logique, les ont classés et ont créé le magnifique système de la théorie des ensembles moderne.&lt;/p>
&lt;p>La prochaine fois que l&amp;rsquo;on vous refusera une chambre en disant « L&amp;rsquo;hôtel est complet », essayez d&amp;rsquo;imaginer : « Si seulement cet hôtel était l&amp;rsquo;Hôtel Infini de Hilbert&amp;hellip; »&lt;/p></description></item><item><title>Le paradoxe de Banach-Tarski : couper une sphère en morceaux et obtenir deux sphères de la même taille ?</title><link>http://kenji.blog/fr/p/banach-tarski-paradox/</link><pubDate>Thu, 10 Sep 2026 02:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/banach-tarski-paradox/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/banach-tarski-paradox/img/banach_tarski.jpg" alt="Featured image of post Le paradoxe de Banach-Tarski : couper une sphère en morceaux et obtenir deux sphères de la même taille ?" />&lt;h2 id="1-un-théorème-magique--1--1--1-">1. Un théorème magique : 1 = 1 + 1 ?
&lt;/h2>&lt;p>Imaginez que vous avez devant vous une sphère d&amp;rsquo;or pur.
Vous coupez cette sphère en plusieurs morceaux avec un couteau. Ensuite, vous assemblez ces pièces comme un puzzle. Vous ne les étirez pas, ne les pliez pas et n&amp;rsquo;ajoutez pas d&amp;rsquo;or supplémentaire. Vous vous contentez de les déplacer et de les coller ensemble.&lt;/p>
&lt;p>Cependant, lorsque vous regardez le puzzle terminé, vous obtenez &lt;strong>&amp;ldquo;deux sphères d&amp;rsquo;or pur exactement de la même taille que la sphère d&amp;rsquo;origine&amp;rdquo;&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Vous vous dites sûrement : &amp;ldquo;C&amp;rsquo;est absurde ! Cela contredit la loi de conservation de la masse, c&amp;rsquo;est un délire d&amp;rsquo;alchimiste !&amp;rdquo;.
C&amp;rsquo;est absolument impossible dans le monde physique réel. Cependant, &lt;strong>dans le monde des mathématiques pures (géométrie et théorie des ensembles), cela est prouvé comme un théorème logiquement correct à 100 %&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Il s&amp;rsquo;agit du &lt;strong>&amp;ldquo;paradoxe de Banach-Tarski&amp;rdquo;&lt;/strong>, prouvé par deux mathématiciens, Stefan Banach et Alfred Tarski, en 1924.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="2-comprendre-précisément-lénoncé-du-paradoxe">2. Comprendre précisément l&amp;rsquo;énoncé du paradoxe
&lt;/h2>&lt;p>Si l&amp;rsquo;on exprime le théorème prouvé par Banach et Tarski en termes mathématiques précis, cela donne ce qui suit :&lt;/p>
&lt;blockquote>
&lt;p>&lt;strong>Le théorème de Banach-Tarski&lt;/strong>
Toute boule $S$ dans l&amp;rsquo;espace à trois dimensions peut être divisée en un nombre fini de sous-ensembles. Ces sous-ensembles peuvent ensuite être réassemblés (uniquement par rotation et translation) de manière à former deux boules identiques à la boule d&amp;rsquo;origine $S$.&lt;/p>
&lt;/blockquote>
&lt;p>Encore plus surprenant, en appliquant ce théorème, on peut également affirmer ce qui suit :&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>En divisant un petit pois en un nombre fini de morceaux et en les réassemblant, on peut créer &lt;strong>une boule exactement de la même taille que le Soleil&lt;/strong>. (Aussi connu sous le nom de paradoxe du petit pois et du Soleil)&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;p>Pourquoi une telle magie est-elle permise mathématiquement ?
Le secret réside dans deux mots-clés : &lt;strong>&amp;ldquo;l&amp;rsquo;infini&amp;rdquo;&lt;/strong> et &lt;strong>&amp;ldquo;l&amp;rsquo;axiome du choix&amp;rdquo;&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="3-les-propriétés-étranges-de-linfini">3. Les propriétés étranges de &amp;ldquo;l&amp;rsquo;infini&amp;rdquo;
&lt;/h2>&lt;p>La première étape pour comprendre ce paradoxe est de connaître les propriétés étranges des &amp;ldquo;ensembles infinis&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;p>Dans le monde du &amp;ldquo;fini&amp;rdquo; que nous manipulons habituellement, le tout est toujours plus grand que la partie.
Par exemple, si vous prenez les nombres pairs (5 nombres) parmi les nombres de 1 à 10 (10 nombres), la quantité diminue de moitié.&lt;/p>
&lt;p>Cependant, ce sens commun ne s&amp;rsquo;applique pas dans le monde de &amp;ldquo;l&amp;rsquo;infini&amp;rdquo;.
Entre tous les &amp;ldquo;nombres entiers naturels&amp;rdquo; (1, 2, 3, 4, &amp;hellip;) et tous les &amp;ldquo;nombres pairs&amp;rdquo; (2, 4, 6, 8, &amp;hellip;), lesquels sont les plus nombreux ?
Intuitivement, on pourrait penser qu&amp;rsquo;il y a plus de nombres entiers naturels, car les nombres pairs ne représentent que la moitié des entiers.
Cependant, essayez de faire des paires comme suit :&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>1 $\rightarrow$ 2&lt;/li>
&lt;li>2 $\rightarrow$ 4&lt;/li>
&lt;li>3 $\rightarrow$ 6&lt;/li>
&lt;li>$n \rightarrow 2n$&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;p>Ainsi, pour chaque entier naturel, vous pouvez toujours l&amp;rsquo;associer à exactement un nombre pair qui en est le double (correspondance biunivoque). Il ne reste aucun nombre.
En d&amp;rsquo;autres termes, mathématiquement, &lt;strong>&amp;ldquo;le nombre d&amp;rsquo;entiers naturels (infini)&amp;rdquo; et &amp;ldquo;le nombre de nombres pairs (infini)&amp;rdquo; ont exactement la même taille&lt;/strong> !&lt;/p>
&lt;p>Bien que l&amp;rsquo;on ait retiré la moitié (les nombres pairs) du tout (les nombres entiers naturels), la taille reste inchangée. Dans les ensembles infinis, il peut arriver que &lt;strong>&amp;ldquo;la partie soit égale au tout&amp;rdquo;&lt;/strong>.
Le théorème de Banach-Tarski est l&amp;rsquo;expression ultime de cette &amp;ldquo;magie de l&amp;rsquo;infini&amp;rdquo; appliquée aux ensembles de &amp;ldquo;points&amp;rdquo; dans un espace tridimensionnel.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="4-les-points-de-lespace-sont-découpés-de-manière-non-mesurable">4. Les points de l&amp;rsquo;espace sont découpés de manière &amp;ldquo;non mesurable&amp;rdquo;
&lt;/h2>&lt;p>Lorsqu&amp;rsquo;on coupe un objet réel (comme de l&amp;rsquo;or ou une pomme) avec un couteau, les morceaux ont toujours un &amp;ldquo;volume&amp;rdquo;.
Cependant, une boule en mathématiques est une &lt;strong>&amp;ldquo;collection infinie de points&amp;rdquo;&lt;/strong> qui n&amp;rsquo;a pas de volume en soi.&lt;/p>
&lt;p>Banach et Tarski ont divisé ces points infinis en groupes d&amp;rsquo;une manière très spéciale et complexe.
La méthode de division est tellement complexe et dispersée que l&amp;rsquo;état résultant devient &amp;ldquo;impossible à mesurer en termes de volume (ensemble non mesurable)&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph TD
S["Sphère d'origine S (Volume V)"] -->|Division spéciale| P1["Fragment 1 (Volume non mesurable)"]
S --> P2["Fragment 2 (Volume non mesurable)"]
S --> P3["Fragment 3 (Volume non mesurable)"]
S --> P4["Fragment 4 (Volume non mesurable)"]
S --> P5["Fragment 5 (Volume non mesurable)"]
P1 -->|Rotation / Translation| S1["Nouvelle sphère 1 (Volume V)"]
P2 -->|Rotation / Translation| S1
P3 -->|Rotation / Translation| S1
P4 -->|Rotation / Translation| S2["Nouvelle sphère 2 (Volume V)"]
P5 -->|Rotation / Translation| S2
style S fill:#ffddaa,stroke:#333,stroke-width:2px
style S1 fill:#aaddff,stroke:#333,stroke-width:2px
style S2 fill:#aaddff,stroke:#333,stroke-width:2px&lt;/div>
&lt;p>Si chaque pièce devient un nuage flou de points qui &amp;ldquo;n&amp;rsquo;a pas de volume (ne peut pas être mesuré)&amp;rdquo;, il est possible de s&amp;rsquo;affranchir de la contrainte physique (additivité de la mesure) stipulant que &amp;ldquo;la somme des volumes des pièces doit être égale au volume d&amp;rsquo;origine&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;p>Et lorsque ces pièces de nuages flous sont pivotées et combinées habilement, la &amp;ldquo;magie de l&amp;rsquo;infini&amp;rdquo; permet d&amp;rsquo;obtenir deux boules remplies des mêmes points que la boule d&amp;rsquo;origine.
En réalité, il est prouvé que cette opération consistant à &amp;ldquo;créer deux boules à partir d&amp;rsquo;une seule&amp;rdquo; est possible en divisant la boule d&amp;rsquo;origine en seulement &lt;strong>5 morceaux&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="5-le-responsable-de-tout-ça--quest-ce-que-laxiome-du-choix-">5. Le responsable de tout ça : qu&amp;rsquo;est-ce que &amp;ldquo;l&amp;rsquo;axiome du choix&amp;rdquo; ?
&lt;/h2>&lt;p>Alors, pourquoi une &amp;ldquo;division si complexe que son volume ne peut être mesuré&amp;rdquo; est-elle mathématiquement possible ?
C&amp;rsquo;est parce que nous acceptons la règle appelée &lt;strong>&amp;ldquo;l&amp;rsquo;axiome du choix (Axiom of Choice)&amp;rdquo;&lt;/strong>, qui est le fondement des mathématiques modernes.&lt;/p>
&lt;p>Pour résumer, l&amp;rsquo;axiome du choix est la règle suivante :&lt;/p>
&lt;blockquote>
&lt;p>&lt;strong>L&amp;rsquo;idée de l&amp;rsquo;axiome du choix&lt;/strong>
Lorsqu&amp;rsquo;il y a des objets dans de nombreuses boîtes, on a la règle de &lt;strong>&amp;ldquo;pouvoir choisir exactement un objet dans chaque boîte pour créer un nouvel ensemble&amp;rdquo;&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;/blockquote>
&lt;p>Si le nombre de boîtes est fini, tout le monde peut le faire normalement.
Cependant, si &lt;strong>le nombre de boîtes est &amp;ldquo;infini&amp;rdquo;&lt;/strong>, il est impossible pour un être humain de terminer l&amp;rsquo;opération de &amp;ldquo;choisir un par un&amp;rdquo; une infinité de fois. Néanmoins, l&amp;rsquo;axiome du choix admet qu&amp;rsquo;il est permis de considérer que &amp;ldquo;l&amp;rsquo;ensemble créé par ces choix existe&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;p>Cet axiome était extrêmement pratique et indispensable pour construire les mathématiques modernes. La plupart des mathématiciens ont accepté cette règle en se disant : &amp;ldquo;Eh bien, c&amp;rsquo;est évident&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;p>Cependant, accepter cet axiome du choix implique d&amp;rsquo;accepter l&amp;rsquo;existence d&amp;rsquo;ensembles de points si éparpillés qu&amp;rsquo;il est impossible d&amp;rsquo;en mesurer le volume (ensembles non mesurables). Et en conséquence, le théorème de Banach-Tarski, affirmant qu&amp;rsquo;une boule se dédouble, en découle comme une nécessité logique.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="6-conclusion--le-monde-au-delà-de-lintuition-décrit-par-les-mathématiques">6. Conclusion : le &amp;ldquo;monde au-delà de l&amp;rsquo;intuition&amp;rdquo; décrit par les mathématiques
&lt;/h2>&lt;p>Le paradoxe de Banach-Tarski n&amp;rsquo;est pas un paradoxe au sens d&amp;rsquo;&amp;ldquo;incohérence logique&amp;rdquo;. C&amp;rsquo;est un paradoxe dans le sens où &lt;strong>la logique est correcte à 100 %, mais la conclusion à laquelle elle aboutit contredit violemment l&amp;rsquo;intuition humaine et les lois de la physique&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Lorsque ce théorème a été publié, certains mathématiciens ont soutenu que &amp;ldquo;si une conclusion aussi insensée en ressort, l&amp;rsquo;axiome du choix doit être erroné !&amp;rdquo;.
Cependant, aujourd&amp;rsquo;hui, la plupart des mathématiciens acceptent l&amp;rsquo;axiome du choix, et le théorème de Banach-Tarski est également accepté comme &amp;ldquo;une propriété étrange mais belle de l&amp;rsquo;espace tridimensionnel et des ensembles infinis&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;p>Puisque le monde physique dans lequel nous vivons est constitué de &amp;ldquo;particules ayant une taille (finies)&amp;rdquo; appelées atomes, il est impossible de donner à un petit pois la taille du Soleil.
Cependant, sur la toile des &amp;ldquo;mathématiques&amp;rdquo; créée par le cerveau humain, la taille d&amp;rsquo;un point est nulle, et des opérations infinies sont permises.&lt;/p>
&lt;p>Le paradoxe de Banach-Tarski nous enseigne &lt;strong>à quel point le concept de &amp;ldquo;l&amp;rsquo;infini&amp;rdquo; surpasse allègrement notre simple intuition humaine&lt;/strong>, et on peut dire que c&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;un des plus grands chefs-d&amp;rsquo;œuvre des mathématiques modernes.&lt;/p></description></item><item><title>Le paradoxe des deux enveloppes : l’effondrement logique et le piège décisionnel causés par une espérance mathématique infinie</title><link>http://kenji.blog/fr/p/two-envelopes-paradox/</link><pubDate>Thu, 10 Sep 2026 00:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/two-envelopes-paradox/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/two-envelopes-paradox/img/two_envelopes.jpg" alt="Featured image of post Le paradoxe des deux enveloppes : l’effondrement logique et le piège décisionnel causés par une espérance mathématique infinie" />&lt;h2 id="1-le-choix-ultime--échanger-ou-ne-pas-échanger-">1. Le choix ultime : échanger ou ne pas échanger ?
&lt;/h2>&lt;p>Vous êtes à l&amp;rsquo;étape finale d&amp;rsquo;un jeu télévisé. Sur la table devant vous se trouvent &lt;strong>deux enveloppes (A et B)&lt;/strong> d&amp;rsquo;apparence identique.
Le présentateur vous dit :&lt;/p>
&lt;blockquote>
&lt;p>« L&amp;rsquo;une des enveloppes contient le &lt;strong>double de l&amp;rsquo;argent&lt;/strong> de l&amp;rsquo;autre. Veuillez en choisir une. »&lt;/p>
&lt;/blockquote>
&lt;p>Après avoir hésité, vous avez choisi &lt;strong>l&amp;rsquo;enveloppe A&lt;/strong>.
Au moment où vous vous apprêtez à regarder à l&amp;rsquo;intérieur, le présentateur vous murmure une tentation diabolique :&lt;/p>
&lt;blockquote>
&lt;p>« Maintenant, si vous le souhaitez, &lt;strong>vous pouvez échanger&lt;/strong> cette enveloppe A avec l&amp;rsquo;enveloppe B restante. Voulez-vous échanger ? »&lt;/p>
&lt;/blockquote>
&lt;p>Alors, devriez-vous échanger les enveloppes ?&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="2-la--boucle-infinie--déduite-par-le-calcul-de-lespérance">2. La « boucle infinie » déduite par le calcul de l&amp;rsquo;espérance
&lt;/h2>&lt;p>Ici, exerçons un peu de réflexion mathématique.
Supposons que le montant contenu dans l&amp;rsquo;enveloppe A que vous possédez est de $X$ yens.
Le montant contenu dans l&amp;rsquo;enveloppe B est, selon les règles, soit « la moitié de $X$ yens ($\frac{X}{2}$) », soit « le double de $X$ yens ($2X$) ». La probabilité est de $\frac{1}{2}$ (50 %) pour chacun.&lt;/p>
&lt;p>Calculons maintenant &lt;strong>l&amp;rsquo;espérance (le montant moyen attendu) si vous échangez les enveloppes&lt;/strong>.&lt;/p>
$$ E = \frac{1}{2} \times \left(\frac{X}{2}\right) + \frac{1}{2} \times (2X) $$
$$ E = \frac{X}{4} + X = \frac{5}{4}X = 1.25X $$
&lt;p>Un résultat surprenant est apparu.
Rien qu&amp;rsquo;en échangeant les enveloppes, l&amp;rsquo;espérance bondit à &lt;strong>$1.25$ fois&lt;/strong> (une augmentation de 25 %) le montant initial $X$.
La conclusion est : « Mathématiquement parlant, il est absolument avantageux d&amp;rsquo;échanger ! »&lt;/p>
&lt;p>Cependant, c&amp;rsquo;est ici que se produit &lt;strong>l&amp;rsquo;effondrement logique&lt;/strong>.
Supposons que vous ayez échangé pour l&amp;rsquo;enveloppe B. Que se passerait-il si, juste après, le présentateur vous demandait à nouveau : « Voulez-vous finalement revenir à A ? »
La formule de calcul exacte s&amp;rsquo;applique de la même manière, et cette fois, la conclusion serait « l&amp;rsquo;espérance sera multipliée par 1.25 si vous passez de B à A ».&lt;/p>
&lt;p>En d&amp;rsquo;autres termes, &lt;strong>rien qu&amp;rsquo;en continuant à échanger de « A vers B » puis de « B vers A », l&amp;rsquo;espérance théorique continuerait d&amp;rsquo;augmenter indéfiniment&lt;/strong>. Cela contredit clairement la réalité (le contenu des enveloppes est déterminé dès le départ et n&amp;rsquo;augmente pas parce que vous les avez échangées).&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph TD
Start["Vous choisissez l'enveloppe A (Contient X yens)"] --> Think["Calculer s'il est avantageux d'échanger"]
Think --> Case1["Enveloppe B est la moitié (X/2 yens) : probabilité 50%"]
Think --> Case2["Enveloppe B est le double (2X yens) : probabilité 50%"]
Case1 --> Calc["Espérance = (X/4) + X = 1.25X"]
Case2 --> Calc
Calc --> SwitchToB["Échanger pour l'enveloppe B ! (Contient Y yens)"]
SwitchToB --> ThinkAgain["Calculer à nouveau"]
ThinkAgain --> Case3["Enveloppe A est la moitié (Y/2 yens) : probabilité 50%"]
ThinkAgain --> Case4["Enveloppe A est le double (2Y yens) : probabilité 50%"]
Case3 --> Calc2["Espérance = 1.25Y"]
Case4 --> Calc2
Calc2 --> SwitchToA["Échanger à nouveau pour l'enveloppe A !"]
SwitchToA --> Start
style Calc fill:#ff9999,stroke:#333,stroke-width:2px
style Calc2 fill:#ff9999,stroke:#333,stroke-width:2px
style SwitchToA fill:#ff4444,color:#fff,stroke:#333,stroke-width:4px&lt;/div>
&lt;p>Pourquoi un calcul d&amp;rsquo;espérance en apparence parfait a-t-il produit un paradoxe aussi étrange ?&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="3-explication-de-lastuce-mathématique--la-substitution-de-variables">3. Explication de l&amp;rsquo;astuce mathématique : la substitution de variables
&lt;/h2>&lt;p>Le piège de ce paradoxe réside dans &lt;strong>« l&amp;rsquo;utilisation de la variable aléatoire $X$ »&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Dans la formule précédente, nous avons traité le montant $X$ de l&amp;rsquo;enveloppe A comme une &lt;strong>constante fixe&lt;/strong>, et avons supposé que l&amp;rsquo;enveloppe B était « $\frac{X}{2}$ ou $2X$ ».
Cependant, ce qui est véritablement fixe est la &lt;strong>« somme des montants dans les deux enveloppes »&lt;/strong>, ou encore le &lt;strong>« montant le plus faible »&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Soit $S$ le montant dans l&amp;rsquo;enveloppe contenant le moins d&amp;rsquo;argent. Alors, l&amp;rsquo;enveloppe contenant le plus d&amp;rsquo;argent contient un montant de $2S$.
Il n&amp;rsquo;y a que les 2 scénarios suivants pour l&amp;rsquo;ensemble du jeu (avec une probabilité de $\frac{1}{2}$ chacun).&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>&lt;strong>Scénario 1 :&lt;/strong> L&amp;rsquo;enveloppe A que vous avez choisie contient le plus faible montant ($S$), et l&amp;rsquo;enveloppe B contient le montant le plus élevé ($2S$)&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Scénario 2 :&lt;/strong> L&amp;rsquo;enveloppe A que vous avez choisie contient le montant le plus élevé ($2S$), et l&amp;rsquo;enveloppe B contient le plus faible montant ($S$)&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;p>Maintenant, calculons correctement l&amp;rsquo;espérance pour les cas &lt;strong>« si vous n&amp;rsquo;échangez pas »&lt;/strong> et &lt;strong>« si vous échangez »&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>Espérance si vous n&amp;rsquo;échangez pas $E_{stay}$ :&lt;/strong>
&lt;/p>
$$ E_{stay} = \frac{1}{2} \times S + \frac{1}{2} \times 2S = \frac{3}{2}S = 1.5S $$
&lt;p>&lt;strong>Espérance si vous échangez $E_{switch}$ :&lt;/strong>
Dans le scénario 1, vous obtenez $2S$, et dans le scénario 2, vous obtenez $S$.
&lt;/p>
$$ E_{switch} = \frac{1}{2} \times 2S + \frac{1}{2} \times S = \frac{3}{2}S = 1.5S $$
$$ E_{stay} = E_{switch} $$
&lt;p>L&amp;rsquo;espérance concorde parfaitement !
Dans le premier calcul erroné, nous avons traité $X$ du scénario 1 (qui est en réalité $S$) et $X$ du scénario 2 (qui est en réalité $2S$) &lt;strong>comme s&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agissait de la même variable $X$, alors qu&amp;rsquo;ils ont des valeurs différentes&lt;/strong>, ce qui a créé l&amp;rsquo;illusion que « l&amp;rsquo;espérance augmente si l&amp;rsquo;on échange ».&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">pie title "La vérité sur l'espérance (si le montant le plus faible est S)"
"Espérance sans échanger (1.5S)" : 50
"Espérance avec échange (1.5S)" : 50&lt;/div>
&lt;hr>
&lt;h2 id="4-que-se-passe-t-il-si-vous-ouvrez-lenveloppe-">4. Que se passe-t-il si vous ouvrez l&amp;rsquo;enveloppe ?
&lt;/h2>&lt;p>Le paradoxe semble résolu. Cependant, un problème plus profond vous attend.&lt;/p>
&lt;p>Que se passerait-il si, &lt;strong>avant d&amp;rsquo;échanger les enveloppes, vous regardiez à l&amp;rsquo;intérieur de votre enveloppe A&lt;/strong> ?
En ouvrant l&amp;rsquo;enveloppe A, vous découvrez qu&amp;rsquo;elle contient &lt;strong>« 10 000 yens »&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>À cet instant, la valeur devient une certitude : $X = 10000$.
L&amp;rsquo;enveloppe B contient alors soit « 5 000 yens », soit « 20 000 yens ».
Que se passe-t-il si l&amp;rsquo;on applique la première formule de calcul ici ?&lt;/p>
$$ E_{switch} = \frac{1}{2} \times 5000 + \frac{1}{2} \times 20000 = 2500 + 10000 = 12500 $$
&lt;p>L&amp;rsquo;espérance est de 12 500 yens. Elle est incontestablement supérieure aux 10 000 yens actuels.
De plus, cette fois-ci, $X$ étant une « constante spécifique » de 10 000 yens, la contre-argumentation de la « substitution de variables » ne tient plus.
Dans ce cas, est-il &lt;strong>absolument avantageux d&amp;rsquo;échanger&lt;/strong> ?&lt;/p>
&lt;h3 id="réfutation-par-linférence-bayésienne--labsence-de--distribution-a-priori-">Réfutation par l&amp;rsquo;inférence bayésienne : l&amp;rsquo;absence de « distribution a priori »
&lt;/h3>&lt;p>Face à cela, les mathématiciens ont introduit le concept de &lt;strong>« distribution a priori des montants (probabilité a priori) »&lt;/strong>.
Il s&amp;rsquo;agit de se demander : peut-on vraiment dire que 5 000 yens et 20 000 yens ont chacun une probabilité de $\frac{1}{2}$ de s&amp;rsquo;y trouver ?&lt;/p>
&lt;p>Par exemple, supposons que le budget maximum du jeu soit de 100 millions de yens. Si vous ouvrez l&amp;rsquo;enveloppe A et y trouvez « 60 millions de yens », la probabilité que l&amp;rsquo;enveloppe B contienne « 120 millions de yens » est de zéro (car cela dépasse le budget). En d&amp;rsquo;autres termes, plus le montant de l&amp;rsquo;enveloppe A est élevé, plus la probabilité que l&amp;rsquo;enveloppe B contienne « le double » devrait diminuer, et la probabilité qu&amp;rsquo;elle contienne « la moitié » devrait augmenter.&lt;/p>
&lt;p>En supposant une distribution a priori arbitraire $P(x)$, et en calculant l&amp;rsquo;espérance à l&amp;rsquo;aide du théorème de Bayes, il a été mathématiquement prouvé que &lt;strong>pour toute distribution de probabilité réaliste (dont la somme est égale à 1), il n&amp;rsquo;existe aucune distribution magique pour laquelle il est &amp;ldquo;plus avantageux d&amp;rsquo;échanger&amp;rdquo; pour tous les montants $X$&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="5-le-piège-de-linfini--lien-avec-le-paradoxe-de-saint-pétersbourg">5. Le piège de l&amp;rsquo;infini : lien avec le paradoxe de Saint-Pétersbourg
&lt;/h2>&lt;p>Il n&amp;rsquo;existe qu&amp;rsquo;un seul cas où « il est avantageux d&amp;rsquo;échanger pour tous les $X$ ».
C&amp;rsquo;est uniquement lorsqu&amp;rsquo;on suppose une « distribution de probabilité impropre (une distribution dont la somme est infinie) » où le budget du jeu est &lt;strong>infini&lt;/strong> et où tous les montants (1 yen, 2 yens, 4 yens, 8 yens&amp;hellip; à l&amp;rsquo;infini) apparaissent de manière équiprobable.&lt;/p>
&lt;p>Cependant, il n&amp;rsquo;existe aucune chaîne de télévision dotée d&amp;rsquo;actifs infinis dans le monde réel.
Ce bug provoqué par cette « espérance mathématique infinie » trouve ses racines profondément liées au &lt;strong>paradoxe de Saint-Pétersbourg&lt;/strong> (le problème de savoir combien une personne serait prête à payer pour un pari ayant une espérance mathématique infinie).&lt;/p>
&lt;h2 id="6-conclusion--la-terreur-des-probabilités-et-de-lespérance">6. Conclusion : la terreur des probabilités et de l&amp;rsquo;espérance
&lt;/h2>&lt;p>Bien que le « paradoxe des deux enveloppes » ne repose que sur de simples multiplications et additions, il nous livre les leçons suivantes :&lt;/p>
&lt;ol>
&lt;li>&lt;strong>Les erreurs causées par l&amp;rsquo;ambiguïté des définitions&lt;/strong> : Si l&amp;rsquo;on ne précise pas clairement ce que représente une variable (si $X$ indique toujours le même montant), la logique s&amp;rsquo;effondre facilement.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>L&amp;rsquo;illusion que &amp;ldquo;pas d&amp;rsquo;information = probabilité de 50%&amp;rdquo;&lt;/strong> : L&amp;rsquo;hypothèse selon laquelle « puisque je ne sais pas, ce doit être du cinquante-cinquante » (le principe de raison insuffisante) conduit parfois à des erreurs de calcul fatales.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>La difficulté de manipuler l&amp;rsquo;infini&lt;/strong> : Introduire dans une formule mathématique le concept d&amp;rsquo;« infini » qui ne peut être appliqué au monde réel produit des résultats contraires au bon sens.&lt;/li>
&lt;/ol>
&lt;p>La prochaine fois que vous penserez dans votre vie que « l&amp;rsquo;herbe est plus verte ailleurs, et qu&amp;rsquo;il est plus avantageux d&amp;rsquo;échanger », souvenez-vous de ce paradoxe. Il se peut que, dans votre équation, les variables aient simplement été substituées.&lt;/p></description></item></channel></rss>