<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Induction on kenji.blog</title><link>http://kenji.blog/fr/tags/induction/</link><description>Recent content in Induction on kenji.blog</description><generator>Hugo -- gohugo.io</generator><language>fr</language><copyright>kenjinote</copyright><lastBuildDate>Thu, 10 Sep 2026 21:00:00 +0900</lastBuildDate><atom:link href="http://kenji.blog/fr/tags/induction/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><item><title>Les émeraudes sont-elles vertes ou « vleues » (grue) ? : La nouvelle énigme de l'induction de Goodman</title><link>http://kenji.blog/fr/p/grue-paradox/</link><pubDate>Thu, 10 Sep 2026 21:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/grue-paradox/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/grue-paradox/img/grue_paradox.jpg" alt="Featured image of post Les émeraudes sont-elles vertes ou « vleues » (grue) ? : La nouvelle énigme de l'induction de Goodman" />&lt;p>Nous prédisons le « futur » à partir de l&amp;rsquo;« expérience passée ».
« Le soleil s&amp;rsquo;est levé à l&amp;rsquo;est hier, donc il se lèvera à l&amp;rsquo;est demain. »
« Toutes les émeraudes vues jusqu&amp;rsquo;à présent étaient vertes, donc la prochaine émeraude déterrée sera aussi verte. »&lt;/p>
&lt;p>Ce type de raisonnement est appelé « induction » et constitue la base de toute science. Cependant, en 1955, le philosophe Nelson Goodman a inventé un concept de couleur étrange pour montrer que cette induction présente un défaut fondamental. C&amp;rsquo;est le &lt;strong>paradoxe de « vleu » (Grue)&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;h2 id="définition-de-la-nouvelle-couleur--vleu--grue">Définition de la nouvelle couleur « vleu » (Grue)
&lt;/h2>&lt;p>Goodman a défini une nouvelle propriété (couleur) appelée « vleu » (Grue), combinant « vert » (Green) et « bleu » (Blue), de la manière suivante :&lt;/p>
&lt;blockquote>
&lt;p>&lt;strong>Définition de vleu (Grue) :&lt;/strong>
Un objet est « vleu » si, observé avant un certain temps $t$ (par exemple, le 1er janvier 2030), il est « vert », et si, observé à partir du temps $t$, il est « bleu ».&lt;/p>
&lt;/blockquote>
$$
\text{Grue} =
\begin{cases}
\text{Green} &amp; (\text{Temps} &lt; t) \\
\text{Blue} &amp; (\text{Temps} \ge t)
\end{cases}
$$
&lt;p>Selon cette définition, l&amp;rsquo;émeraude verte que vous tenez actuellement dans votre main (avant le temps $t$) est à la fois de couleur « verte » et de couleur « vleue ».&lt;/p>
&lt;h2 id="pourquoi-est-ce-un-paradoxe-">Pourquoi est-ce un paradoxe ?
&lt;/h2>&lt;p>Le paradoxe survient lorsque nous essayons de prédire l&amp;rsquo;avenir.
Toutes les émeraudes que l&amp;rsquo;humanité a observées jusqu&amp;rsquo;à présent étaient « vertes ». Par conséquent, en utilisant l&amp;rsquo;induction, nous prédisons ce qui suit :&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>Hypothèse A : « Toutes les émeraudes sont &amp;ldquo;vertes&amp;rdquo; »&lt;/strong>&lt;/p>
&lt;p>Mais attendez un instant. Comme toutes les émeraudes observées jusqu&amp;rsquo;à présent l&amp;rsquo;ont été avant le temps $t$, elles ont toutes également été de couleur « vleue ». Par conséquent, à partir des mêmes données d&amp;rsquo;observation, la prédiction suivante est également valable :&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>Hypothèse B : « Toutes les émeraudes sont de couleur &amp;ldquo;vleue&amp;rdquo; »&lt;/strong>&lt;/p>
&lt;p>Si nous suivons les règles de l&amp;rsquo;induction, toutes les observations passées soutiennent l&amp;rsquo;hypothèse B avec « exactement la même force » qu&amp;rsquo;elles soutiennent l&amp;rsquo;hypothèse A.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph TD
A["Observations passées : Toutes les émeraudes étaient vertes"] -->|En même temps| B["Observations passées : Toutes les émeraudes étaient de couleur « vleue »"]
A --> C["Prédiction inductive A : Les émeraudes futures seront également « vertes »"]
B --> D["Prédiction inductive B : Les émeraudes futures seront également de couleur « vleue »"]
C --> E["Restent vertes après le temps t"]
D --> F["Deviennent « bleues » après le temps t !"]
style C fill:#4CAF50,stroke:#333,color:#fff
style D fill:#2196F3,stroke:#333,color:#fff
style F fill:#F44336,stroke:#333,color:#fff,stroke-width:2px&lt;/div>
&lt;h2 id="les-émeraudes-deviendront-elles-bleues-">Les émeraudes deviendront-elles bleues ?
&lt;/h2>&lt;p>Si l&amp;rsquo;hypothèse B est correcte, au moment où le temps $t$ arrivera, toutes les émeraudes du monde devront simultanément devenir « bleues » (d&amp;rsquo;après la définition de vleu).&lt;/p>
&lt;p>Intuitivement, nous pensons : « C&amp;rsquo;est absurde. L&amp;rsquo;hypothèse B est un jeu de mots artificiel, et l&amp;rsquo;hypothèse A (vert) doit être la bonne. »&lt;/p>
&lt;p>Cependant, la question de Goodman va beaucoup plus loin.
&lt;strong>Les hypothèses « verte » et « vleue » correspondent toutes deux parfaitement aux données passées, alors pourquoi considérons-nous que seule la prédiction « verte » est justifiée et rejetons-nous la prédiction « vleue » ? Quel est le « fondement logique » de cela ?&lt;/strong>&lt;/p>
&lt;h2 id="un-défi-à-l-uniformité-de-la-nature-">Un défi à l&amp;rsquo;« uniformité de la nature »
&lt;/h2>&lt;p>Pour éviter ce problème, une objection vient à l&amp;rsquo;esprit : « Nous devrions utiliser des concepts simples comme &amp;ldquo;vert&amp;rdquo;, et ne pas utiliser de concepts complexes incluant le temps comme &amp;ldquo;vleu&amp;rdquo;. »&lt;/p>
&lt;p>Cependant, Goodman a montré à l&amp;rsquo;inverse que si l&amp;rsquo;on définit une couleur « blert » (Bleen : bleu jusqu&amp;rsquo;au temps $t$, puis vert par la suite), alors le concept même de « vert » devient un concept complexe dépendant du temps : « vleu jusqu&amp;rsquo;au temps $t$, et blert par la suite ».
En d&amp;rsquo;autres termes, le choix des mots que nous considérons comme étant de « base » n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;une question d&amp;rsquo;habitudes linguistiques.&lt;/p>
&lt;p>Le paradoxe de « vleu » de Goodman (la nouvelle énigme de l&amp;rsquo;induction) a prouvé que les théories scientifiques ne sont pas déterminées uniquement par des données objectives, mais dépendent fortement du « cadre conceptuel (langage) que nous utilisons pour découper le monde ».&lt;/p>
&lt;p>Même dans le contexte de l&amp;rsquo;IA et de l&amp;rsquo;apprentissage automatique, ce paradoxe conserve une signification importante aujourd&amp;rsquo;hui en tant que problème de « surapprentissage » (overfitting) ou de « biais ». Il montre que, même avec les mêmes données d&amp;rsquo;apprentissage, la prédiction pour l&amp;rsquo;avenir change complètement en fonction de la « structure du modèle (quelles caractéristiques sont privilégiées) ».&lt;/p></description></item><item><title>Voir une pomme bleue prouve-t-il que « les corbeaux sont noirs » ? : Les corbeaux de Hempel</title><link>http://kenji.blog/fr/p/hempels-ravens/</link><pubDate>Thu, 10 Sep 2026 21:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/hempels-ravens/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/hempels-ravens/img/hempels_ravens.jpg" alt="Featured image of post Voir une pomme bleue prouve-t-il que « les corbeaux sont noirs » ? : Les corbeaux de Hempel" />&lt;p>Comment les scientifiques prouvent-ils une théorie ? En général, ils utilisent l&amp;rsquo;« induction », qui consiste à observer le monde et à recueillir des données.
Par exemple, si vous voulez prouver l&amp;rsquo;hypothèse selon laquelle « tous les corbeaux sont noirs », vous observerez les corbeaux du monde entier et confirmerez un par un qu&amp;rsquo;ils sont noirs.&lt;/p>
&lt;p>Cependant, dans les années 1940, le logicien Carl Hempel a souligné une étrange faille logique cachée dans cette méthode scientifique évidente.
Il s&amp;rsquo;agit du paradoxe des &lt;strong>corbeaux de Hempel (Hempel&amp;rsquo;s Ravens)&lt;/strong>, selon lequel &lt;strong>« le simple fait de voir une pomme bleue ou des chaussures rouges devient une preuve que &amp;rsquo;les corbeaux sont noirs&amp;rsquo; »&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;h2 id="substitution-logique--la-magie-de-la-contraposée">Substitution logique : la magie de la contraposée
&lt;/h2>&lt;p>Pour comprendre l&amp;rsquo;argument de Hempel, il faut se rappeler du concept de &lt;strong>« contraposée »&lt;/strong> appris au lycée en mathématiques.&lt;/p>
&lt;p>En logique, si une proposition « Si A, alors B » est vraie, sa contraposée « Si non B, alors non A » est obligatoirement vraie (c&amp;rsquo;est ce qu&amp;rsquo;on appelle l&amp;rsquo;équivalence logique).&lt;/p>
&lt;p>Hypothèse $H_1$ : &lt;strong>« Tous les corbeaux sont noirs (Si c&amp;rsquo;est un corbeau, alors c&amp;rsquo;est noir) »&lt;/strong>&lt;/p>
&lt;p>Prenons la contraposée de cette hypothèse $H_1$.
Cela devient « Si ce n&amp;rsquo;est pas noir, alors ce n&amp;rsquo;est pas un corbeau ».&lt;/p>
&lt;p>Hypothèse $H_2$ : &lt;strong>« Tout ce qui n&amp;rsquo;est pas noir n&amp;rsquo;est pas un corbeau »&lt;/strong>&lt;/p>
&lt;p>Selon les règles de la logique, $H_1$ et $H_2$ ont &lt;strong>exactement la même signification (équivalence)&lt;/strong>. Si l&amp;rsquo;une est prouvée, l&amp;rsquo;autre est automatiquement prouvée.&lt;/p>
&lt;h2 id="prouver-les-corbeaux-sans-voir-de-corbeaux">Prouver les corbeaux sans voir de corbeaux
&lt;/h2>&lt;p>Or, pour vérifier l&amp;rsquo;hypothèse $H_1$ (les corbeaux sont noirs), chaque fois que l&amp;rsquo;on trouve un corbeau noir, la probabilité (la preuve) de l&amp;rsquo;hypothèse se renforce un peu.
C&amp;rsquo;est quelque chose que tout le monde accepte.&lt;/p>
&lt;p>Cependant, puisque $H_1$ et $H_2$ ont la même signification, trouver une preuve pour l&amp;rsquo;hypothèse $H_2$ (ce qui n&amp;rsquo;est pas noir n&amp;rsquo;est pas un corbeau) devrait être directement une preuve pour l&amp;rsquo;hypothèse $H_1$.&lt;/p>
&lt;p>Alors, quelle est la preuve de $H_2$ ?
Il suffit de trouver « quelque chose qui n&amp;rsquo;est ni noir, ni un corbeau ».&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>Supposons qu&amp;rsquo;il y ait une &lt;strong>« pomme bleue »&lt;/strong> sur la table. Ce n&amp;rsquo;est ni noir, ni un corbeau. C&amp;rsquo;est donc une preuve à l&amp;rsquo;appui de $H_2$.&lt;/li>
&lt;li>Il y avait des &lt;strong>« chaussures rouges »&lt;/strong> dans le placard. Celles-ci ne sont ni noires, ni des corbeaux. C&amp;rsquo;est une preuve de $H_2$.&lt;/li>
&lt;li>Des &lt;strong>« nuages blancs »&lt;/strong> flottent dans le ciel. C&amp;rsquo;est aussi une preuve de $H_2$.&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;p>Puisque la preuve de $H_2$ a la même valeur que la preuve de $H_1$, la conclusion étrange suivante est logiquement déduite :&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>« Plus vous observez de pommes bleues ou de chaussures rouges dans une pièce, plus vous prouvez que l&amp;rsquo;hypothèse &amp;rsquo;tous les corbeaux sont noirs&amp;rsquo; est correcte. »&lt;/strong>&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph TD
A["Proposition H1 : Tous les corbeaux sont noirs"] &lt;-->|Équivalence logique (Contraposée)| B["Proposition H2 : Ce qui n'est pas noir n'est pas un corbeau"]
C["Observation : Corbeau noir"] -->|Sert de preuve| A
D["Observation : Pomme bleue"] -->|Sert de preuve| B
D -.->|Par conséquent, cela devrait aussi être une preuve ?| A
style A fill:#4CAF50,stroke:#333,stroke-width:2px,color:#fff
style B fill:#4CAF50,stroke:#333,stroke-width:2px,color:#fff
style C fill:#2196F3,stroke:#333,color:#fff
style D fill:#FF9800,stroke:#333,color:#fff&lt;/div>
&lt;h2 id="pourquoi-cela-va-t-il-à-lencontre-de-lintuition-">Pourquoi cela va-t-il à l&amp;rsquo;encontre de l&amp;rsquo;intuition ?
&lt;/h2>&lt;p>Il n&amp;rsquo;y a aucun ornithologue au monde dont la conviction que « les corbeaux sont noirs » se renforce en voyant une pomme bleue. Bien que cela soit parfaitement correct d&amp;rsquo;un point de vue logique, pourquoi notre bon sens le rejette-t-il ?&lt;/p>
&lt;p>Dans le monde de la philosophie et de la statistique, plusieurs approches ont été proposées pour résoudre ce paradoxe.&lt;/p>
&lt;h3 id="1-la-solution-bayésienne-différence-de-quantité-dinformation">1. La solution bayésienne (différence de quantité d&amp;rsquo;information)
&lt;/h3>&lt;p>La contre-argumentation la plus puissante du point de vue des statistiques modernes (probabilités bayésiennes) se concentre sur la différence de « force de la preuve (quantité d&amp;rsquo;information) ».&lt;/p>
&lt;p>Il y a infiniment plus de « choses qui ne sont pas noires » dans le monde que de « choses noires », et il y a astronomiquement plus de « choses qui ne sont pas des corbeaux » que de « corbeaux ».&lt;/p>
&lt;p>Lorsque vous voyez une pomme bleue, c&amp;rsquo;est certes une preuve que « tous les corbeaux sont noirs », mais sa &lt;strong>valeur en tant que preuve (l&amp;rsquo;augmentation de la probabilité) est infiniment proche de zéro&lt;/strong>.
Le fait de confirmer l&amp;rsquo;existence d&amp;rsquo;une des innombrables « choses qui ne sont pas noires » dans le vaste univers n&amp;rsquo;augmente la probabilité que « les corbeaux soient noirs » que de l&amp;rsquo;ordre d&amp;rsquo;un grain de sable retiré d&amp;rsquo;un désert. D&amp;rsquo;un autre côté, trouver directement un corbeau noir a une valeur de preuve écrasante.&lt;/p>
&lt;p>En d&amp;rsquo;autres termes, la solution bayésienne est que logiquement « une pomme bleue est une preuve », mais en pratique « sa valeur en tant que preuve est égale à zéro, donc elle peut être ignorée ».&lt;/p>
&lt;h3 id="2-les-limites-de-l-ornithologie-de-salon-">2. Les limites de l&amp;rsquo;« ornithologie de salon »
&lt;/h3>&lt;p>Ce paradoxe met en évidence à quel point le fondement même de la science, « l&amp;rsquo;induction (déduire des lois générales à partir d&amp;rsquo;observations) », repose sur des prémisses fragiles. Si l&amp;rsquo;on ne se fie qu&amp;rsquo;à l&amp;rsquo;équivalence logique, une « ornithologie de salon » devient possible, où l&amp;rsquo;on pourrait vérifier n&amp;rsquo;importe quelle loi de l&amp;rsquo;univers (« tous les cygnes sont blancs », « tous les extraterrestres ne sont pas verts », etc.) simplement en observant les objets hétéroclites dans sa chambre sans jamais sortir.&lt;/p>
&lt;p>Les corbeaux de Hempel est un paradoxe fascinant qui montre que les mots « preuve » et « prouver » que nous utilisons inconsciemment ne peuvent pas être pleinement appréhendés uniquement par les règles de la logique symbolique pure.&lt;/p></description></item></channel></rss>