<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Technology on kenji.blog</title><link>http://kenji.blog/fr/categories/technology/</link><description>Recent content in Technology on kenji.blog</description><generator>Hugo -- gohugo.io</generator><language>fr</language><copyright>kenjinote</copyright><lastBuildDate>Fri, 11 Sep 2026 18:00:00 +0900</lastBuildDate><atom:link href="http://kenji.blog/fr/categories/technology/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><item><title>Qu'est-ce que la suprématie quantique ? Les dernières tendances de Google et IBM</title><link>http://kenji.blog/fr/p/what-is-quantum-supremacy-google-ibm/</link><pubDate>Fri, 11 Sep 2026 18:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/what-is-quantum-supremacy-google-ibm/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/what-is-quantum-supremacy-google-ibm/img/eyecatch.jpg" alt="Featured image of post Qu'est-ce que la suprématie quantique ? Les dernières tendances de Google et IBM" />&lt;h2 id="1-introduction--laube-de-linformatique-quantique-et-la--suprématie-quantique-">1. Introduction : L&amp;rsquo;aube de l&amp;rsquo;informatique quantique et la « Suprématie quantique »
&lt;/h2>&lt;p>L&amp;rsquo;informatique quantique recèle le potentiel de résoudre des problèmes complexes, insolubles dans un délai réaliste par des ordinateurs classiques (les PC et les superordinateurs que nous utilisons quotidiennement), en appliquant les principes fondamentaux de la physique, à savoir la mécanique quantique, au traitement de l&amp;rsquo;information. Pendant longtemps, ce domaine a été principalement limité à la recherche théorique, mais ces dernières années, les progrès rapides du matériel ont intensifié la course vers une application pratique.&lt;/p>
&lt;p>Parmi ces développements, l&amp;rsquo;un des mots-clés ayant attiré le plus d&amp;rsquo;attention est la « Suprématie quantique » (Quantum Supremacy). Cela désigne le moment où un ordinateur quantique démontre une puissance de calcul écrasante par rapport à un ordinateur classique pour une tâche de calcul spécifique. Dans cet article, nous partirons de la définition rigoureuse de la suprématie quantique, puis nous expliquerons en détail l&amp;rsquo;expérience du processeur « Sycamore » de Google, annoncée en 2019 comme ayant atteint ce jalon historique pour la première fois au monde. Nous aborderons également la réfutation et l&amp;rsquo;approche unique d&amp;rsquo;IBM, ainsi que les dernières tendances vers la « Correction d&amp;rsquo;erreurs quantiques » (Quantum Error Correction : QEC) et le « Calcul quantique tolérant aux pannes » (Fault-Tolerant Quantum Computing : FTQC), qui constituent les obstacles majeurs à une véritable mise en pratique, tout en approfondissant les aspects techniques et mathématiques.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="2-contexte-théorique--fondements-du-calcul-quantique-et-classes-de-complexité">2. Contexte théorique : Fondements du calcul quantique et classes de complexité
&lt;/h2>&lt;p>Pour comprendre la suprématie quantique, il est d&amp;rsquo;abord nécessaire d&amp;rsquo;appréhender les fondements mathématiques du calcul quantique et son positionnement dans la théorie de la complexité algorithmique.&lt;/p>
&lt;h3 id="qubits-et-superposition">Qubits et Superposition
&lt;/h3>&lt;p>Alors que la plus petite unité d&amp;rsquo;information dans un ordinateur classique est le bit (0 ou 1), un ordinateur quantique utilise le qubit (Quantum bit). L&amp;rsquo;état d&amp;rsquo;un seul qubit $|\psi\rangle$ est représenté par une combinaison linéaire complexe des états de base $|0\rangle$ et $|1\rangle$.&lt;/p>
$$
|\psi\rangle = \alpha|0\rangle + \beta|1\rangle
$$
&lt;p>Ici, $\alpha, \beta \in \mathbb{C}$, et ils satisfont la condition de normalisation $|\alpha|^2 + |\beta|^2 = 1$. Cette propriété est appelée « Superposition » (Superposition).&lt;/p>
&lt;h3 id="intrication-entanglement-et-produit-tensoriel">Intrication (Entanglement) et Produit tensoriel
&lt;/h3>&lt;p>Lorsqu&amp;rsquo;il existe plusieurs qubits, l&amp;rsquo;état du système global est représenté par le produit tensoriel des espaces d&amp;rsquo;états des qubits individuels. Un système de $n$ qubits devient un vecteur sur un espace de Hilbert de dimension $2^n$, $\mathcal{H}^{\otimes n}$.&lt;/p>
$$
|\Psi\rangle = \sum_{x \in \{0, 1\}^n} c_x |x\rangle
$$
&lt;p>Ici, $\sum |c_x|^2 = 1$. L&amp;rsquo;état dans lequel les qubits ne sont pas indépendants et où l&amp;rsquo;état de l&amp;rsquo;un dépend de l&amp;rsquo;autre est appelé « Intrication quantique » (Quantum Entanglement). Grâce à cela, un ordinateur quantique possède le potentiel de traiter simultanément un espace d&amp;rsquo;états exponentiellement vaste.&lt;/p>
&lt;h3 id="définition-de-la-suprématie-quantique-dans-la-théorie-de-la-complexité-algorithmique">Définition de la suprématie quantique dans la théorie de la complexité algorithmique
&lt;/h3>&lt;p>Dans la théorie de la complexité algorithmique, la classe des problèmes pouvant être résolus efficacement (en temps polynomial) par un ordinateur classique est appelée &lt;strong>BPP&lt;/strong> (Bounded-error Probabilistic Polynomial time). D&amp;rsquo;autre part, la classe des problèmes pouvant être résolus efficacement par un ordinateur quantique est &lt;strong>BQP&lt;/strong> (Bounded-error Quantum Polynomial time).&lt;/p>
&lt;p>Démontrer la suprématie quantique signifie « exécuter une tâche spécifique qui est incluse dans BQP mais pas dans BPP (ou dont la probabilité d&amp;rsquo;y être est extrêmement faible) sur du matériel quantique réel, et surpasser en temps et en ressources une simulation par un superordinateur classique ». On peut dire que c&amp;rsquo;est une tentative historique de réfuter par une expérience physique la thèse étendue de Church-Turing (« tout modèle de calcul physiquement réalisable peut être simulé en temps polynomial par une machine de Turing probabiliste »).&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="3-2019--démonstration-de-la-suprématie-quantique-par-google">3. 2019 : Démonstration de la suprématie quantique par Google
&lt;/h2>&lt;p>En octobre 2019, l&amp;rsquo;équipe Google Quantum AI a annoncé dans la revue scientifique &lt;em>Nature&lt;/em> avoir atteint la suprématie quantique en utilisant le processeur supraconducteur « Sycamore » de 53 qubits.&lt;/p>
&lt;h3 id="architecture-du-processeur-sycamore">Architecture du processeur Sycamore
&lt;/h3>&lt;p>Le processeur Sycamore est composé de 54 qubits supraconducteurs de type Transmon arrangés dans une grille bidimensionnelle (un qubit étant défectueux lors de l&amp;rsquo;expérience, 53 ont été utilisés). Des coupleurs ajustables (Tunable Couplers) sont placés entre les qubits adjacents, permettant de réaliser des portes à 2 qubits (un hybride entre la porte iSWAP et la porte Z contrôlée) rapides et très précises.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph TD
A["Entrée d'algorithme quantique"] --> B["Processeur Sycamore (53 Qubits)"]
B --> C["Appliquer des portes quantiques aléatoires"]
C --> D["Mesurer les états quantiques (Chaînes de bits)"]
D --> E["Évaluation par entropie croisée (XEB)"]
E --> F["Vérifier la suprématie quantique"]&lt;/div>
&lt;h3 id="échantillonnage-de-circuits-quantiques-aléatoires-random-circuit-sampling--rcs">Échantillonnage de circuits quantiques aléatoires (Random Circuit Sampling : RCS)
&lt;/h3>&lt;p>La tâche choisie par Google est « l&amp;rsquo;échantillonnage de circuits quantiques aléatoires ». Cela consiste à appliquer de manière répétée des portes quantiques à un qubit et à deux qubits choisies au hasard sur plusieurs cycles (profondeur $m$), puis à effectuer un échantillonnage à partir de la distribution de probabilité des chaînes de bits obtenues en mesurant l&amp;rsquo;état final.&lt;/p>
&lt;p>La probabilité d&amp;rsquo;obtenir une chaîne de bits $x$ à partir d&amp;rsquo;un circuit quantique aléatoire idéal (sans bruit) ne suit pas une distribution uniforme, mais présente un motif semblable à des franges d&amp;rsquo;interférence, appelé distribution de Porter-Thomas (Porter-Thomas distribution). Pour échantillonner à partir de cette distribution avec un ordinateur classique, il est nécessaire de simuler l&amp;rsquo;ensemble du vecteur d&amp;rsquo;état, et la complexité de calcul augmente de manière exponentielle avec le nombre de qubits $n$ et la profondeur du circuit $m$.&lt;/p>
&lt;h3 id="évaluation-de-la-fidélité-fidelity--évaluation-par-entropie-croisée-linéaire-xeb">Évaluation de la fidélité (Fidelity) : Évaluation par entropie croisée linéaire (XEB)
&lt;/h3>&lt;p>Pour prouver que les résultats de l&amp;rsquo;expérience n&amp;rsquo;étaient pas simplement du bruit, mais bien les résultats d&amp;rsquo;un calcul quantique réel, Google a utilisé l&amp;rsquo;évaluation par entropie croisée linéaire (Linear Cross-Entropy Benchmarking : XEB). La probabilité idéale $P(x_i)$ du circuit pour la chaîne de bits $x_i$ obtenue lors de l&amp;rsquo;expérience est calculée par un ordinateur classique, et la fidélité $\mathcal{F}_{\text{XEB}}$ est déterminée par la formule suivante.&lt;/p>
$$
\mathcal{F}_{\text{XEB}} = 2^n \langle P(x_i) \rangle_{i} - 1
$$
&lt;p>Si $\mathcal{F}_{\text{XEB}}$ est de 0, cela signifie un bruit complet, et s&amp;rsquo;il est de 1, cela signifie un processeur quantique idéal sans bruit. Le processeur Sycamore a atteint $\mathcal{F}_{\text{XEB}} \approx 0,002$ (0,2 %) pour un circuit d&amp;rsquo;une profondeur de 20. Bien que cela paraisse faible au premier abord, il s&amp;rsquo;agissait d&amp;rsquo;une valeur statistiquement significative supérieure à zéro, et d&amp;rsquo;un exploit remarquable ayant réussi à contrôler un espace d&amp;rsquo;états de $2^{53} \approx 9 \times 10^{15}$.&lt;/p>
&lt;p>Le taux d&amp;rsquo;erreur global a été modélisé de manière approximative comme le produit des erreurs de portes individuelles, des erreurs de mesure, etc.&lt;/p>
$$
\mathcal{F} \approx (1 - e_1)^{N_1}(1 - e_2)^{N_2} \cdots \approx \prod_{g \in 1Q} (1 - e_g) \prod_{g \in 2Q} (1 - e_g) \prod_{q} (1 - e_{RO})
$$
&lt;p>(* $e_g$ correspond à l&amp;rsquo;erreur de porte, $e_{RO}$ à l&amp;rsquo;erreur de mesure)&lt;/p>
&lt;p>Google a affirmé qu&amp;rsquo;il faudrait environ 10 000 ans pour simuler ce circuit sur le superordinateur classique (Summit). En revanche, Sycamore a terminé l&amp;rsquo;échantillonnage en seulement 200 secondes.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="4-la-réfutation-dibm--de-la--suprématie--à-l-utilité--utility">4. La réfutation d&amp;rsquo;IBM : De la « Suprématie » à l&amp;rsquo;« Utilité » (Utility)
&lt;/h2>&lt;p>L&amp;rsquo;annonce de Google a provoqué une onde de choc dans le monde entier, mais IBM, qui a développé le plus grand superordinateur du monde « Summit » et qui est également un leader dans le développement d&amp;rsquo;ordinateurs quantiques, a immédiatement publié un article pour réfuter cette affirmation.&lt;/p>
&lt;h3 id="amélioration-de-la-simulation-classique-par-contraction-de-réseaux-tensoriels">Amélioration de la simulation classique par contraction de réseaux tensoriels
&lt;/h3>&lt;p>Le cœur de la réfutation d&amp;rsquo;IBM résidait dans le fait que « l&amp;rsquo;optimisation des algorithmes et des ressources du côté des ordinateurs classiques était insuffisante ». Google avait estimé le délai de 10 000 ans en se basant sur un simulateur de vecteur d&amp;rsquo;état calculant directement l&amp;rsquo;évolution temporelle de l&amp;rsquo;équation de Schrödinger. IBM a cependant souligné que l&amp;rsquo;utilisation d&amp;rsquo;une méthode appelée « Réseaux tensoriels » (Tensor Network) permettait de réduire drastiquement le temps de simulation.&lt;/p>
&lt;p>Dans les réseaux tensoriels, les opérations de portes d&amp;rsquo;un circuit quantique sont représentées comme des calculs de tableaux multidimensionnels (tenseurs), et l&amp;rsquo;ordre de la « contraction » (Contraction) du réseau est optimisé. De plus, IBM a affirmé qu&amp;rsquo;en exploitant pleinement le stockage massif de 250 Po de Summit (hiérarchisation du disque et de la mémoire), il était possible de réaliser une simulation de plus haute précision en seulement « 2,5 jours » tout en conservant l&amp;rsquo;intégralité du vecteur d&amp;rsquo;état.&lt;/p>
&lt;h3 id="avantage-quantique-quantum-advantage-et-utilité-quantique-quantum-utility">Avantage quantique (Quantum Advantage) et Utilité quantique (Quantum Utility)
&lt;/h3>&lt;p>À la suite de ce débat, la tendance générale de l&amp;rsquo;industrie est passée de l&amp;rsquo;obsession d&amp;rsquo;« exécuter une tâche artificielle impossible classiquement (Supremacy) » à celle de « démontrer un avantage substantiel par rapport aux approches classiques sur des problèmes utiles du monde réel (Quantum Advantage) », puis à la phase où « l&amp;rsquo;ordinateur quantique agit comme un nouvel outil de découverte scientifique (Quantum Utility) ».&lt;/p>
&lt;p>IBM elle-même évite le terme « suprématie » et propose des métriques de performance globale des processeurs quantiques telles que le « Volume quantique » (Quantum Volume) ou les « CLOPS (Circuit Layer Operations Per Second) », en poursuivant un développement qui met l&amp;rsquo;accent sur l&amp;rsquo;équilibre entre l&amp;rsquo;échelle et la qualité du matériel.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">timeline
title "L'évolution des jalons quantiques"
2019 : "Google Sycamore (53Q)" : "Annonce de la suprématie quantique"
2019 : "Réfutation d'IBM" : "Simulation sur superordinateur Summit en 2,5 jours"
2021 : "IBM Eagle (127Q)" : "Franchissement de la barre des 100 qubits"
2022 : "IBM Osprey (433Q)" : "Avancement de l'échelle des processeurs"
2023 : "Code de surface Google" : "Mise à l'échelle de la correction d'erreurs (d=3 à d=5)"
2023 : "Utilité quantique d'IBM" : "Simulation de modèle de spin complexe sur 127Q"
2024 : "Au-delà" : "Ère des qubits logiques et de l'atténuation des erreurs"&lt;/div>
&lt;hr>
&lt;h2 id="5-la-prochaine-frontière--atténuation-des-erreurs-error-mitigation-et-correction-derreurs-quantiques-qec">5. La prochaine frontière : Atténuation des erreurs (Error Mitigation) et Correction d&amp;rsquo;erreurs quantiques (QEC)
&lt;/h2>&lt;p>Les ordinateurs quantiques actuels sont appelés « NISQ (Noisy Intermediate-Scale Quantum) ». Ils sont sensibles aux bruits (erreurs dues aux interactions avec l&amp;rsquo;environnement externe ou à des imperfections de contrôle), et lors de longs calculs, les résultats se retrouvent noyés dans le bruit. Pour surmonter ce problème, il existe deux grandes approches : l&amp;rsquo;« Atténuation des erreurs » (Error Mitigation) et la « Correction d&amp;rsquo;erreurs quantiques » (Quantum Error Correction).&lt;/p>
&lt;h3 id="atténuation-des-erreurs-error-mitigation">Atténuation des erreurs (Error Mitigation)
&lt;/h3>&lt;p>L&amp;rsquo;atténuation des erreurs est une méthode qui élimine l&amp;rsquo;impact du bruit de la valeur attendue des résultats de calcul par un post-traitement classique, sans modifier le matériel quantique. En 2023, en combinant son processeur « Eagle » de 127 qubits avec des techniques d&amp;rsquo;atténuation des erreurs telles que l&amp;rsquo;« Extrapolation du bruit à zéro » (Zero-Noise Extrapolation : ZNE), IBM a atteint une précision dépassant la méthode des réseaux tensoriels approximatifs de pointe dans la simulation de l&amp;rsquo;évolution temporelle d&amp;rsquo;un modèle d&amp;rsquo;Ising complexe, démontrant ainsi l&amp;rsquo;« Utilité quantique » (Quantum Utility).&lt;/p>
&lt;h3 id="correction-derreurs-quantiques-qec-et-qubits-logiques">Correction d&amp;rsquo;erreurs quantiques (QEC) et Qubits logiques
&lt;/h3>&lt;p>Cependant, pour pouvoir finalement exécuter n&amp;rsquo;importe quel algorithme complexe (par exemple, l&amp;rsquo;algorithme de factorisation de Shor ou des calculs de chimie quantique complexes), l&amp;rsquo;atténuation des erreurs seule est insuffisante, et la « Correction d&amp;rsquo;erreurs quantiques » (QEC), qui détecte et corrige dynamiquement les erreurs, est indispensable.&lt;/p>
&lt;p>L&amp;rsquo;approche dominante en matière de QEC est le « Code de surface » (Surface Code). Il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;une méthode consistant à arranger plusieurs qubits physiques (qubits de données) dans une grille bidimensionnelle, et à placer des qubits de mesure (qubits ancilla) entre eux pour effectuer de manière continue des vérifications de parité appelées « Stabilisateurs » (Stabilizer).&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph LR
Q1["Qubit de données (Données)"] --- M1["Mesurer le stabilisateur X (Ancilla)"]
Q2["Qubit de données (Données)"] --- M1
Q3["Qubit de données (Données)"] --- M2["Mesurer le stabilisateur Z (Ancilla)"]
Q4["Qubit de données (Données)"] --- M2
M1 --> EC["Décodage du syndrome d'erreur (Classique)"]
M2 --> EC
EC --> LQ["Mise à jour de l'état du qubit logique"]&lt;/div>
&lt;h4 id="théorème-du-seuil-threshold-theorem-et-distance-d">Théorème du seuil (Threshold Theorem) et Distance $d$
&lt;/h4>&lt;p>La correction d&amp;rsquo;erreurs quantiques s&amp;rsquo;appuie sur le « Théorème du seuil ». Si le taux d&amp;rsquo;erreur des qubits physiques $p$ est inférieur à un certain seuil $p_{th}$ (environ 1 % pour le code de surface), il est possible de réduire de manière exponentielle le taux d&amp;rsquo;erreur logique $p_L$ en augmentant la distance de code (Distance) $d$ (c&amp;rsquo;est-à-dire en allouant plus de qubits physiques à un seul qubit logique).&lt;/p>
&lt;p>La formule approximative du taux d&amp;rsquo;erreur logique s&amp;rsquo;exprime comme suit :&lt;/p>
$$
p_L \approx \Lambda \left( \frac{p}{p_{th}} \right)^{\frac{d+1}{2}}
$$
&lt;p>Ici, $\Lambda$ est une constante. Si $p &lt; p_{th}$, plus $d$ est grand, plus $p_L$ diminue. Cependant, si $p > p_{th}$, l&amp;rsquo;ajout de qubits physiques entraîne une accumulation de bruit, détériorant le taux d&amp;rsquo;erreur logique.&lt;/p>
&lt;h4 id="jalon-de-google-en-2023--démonstration-de-la-réduction-des-erreurs-par-lextension-de-la-distance">Jalon de Google en 2023 : Démonstration de la réduction des erreurs par l&amp;rsquo;extension de la distance
&lt;/h4>&lt;p>En février 2023, Google a publié un article monumental dans &lt;em>Nature&lt;/em>. En utilisant son processeur Sycamore de 3ème génération, ils ont démontré pour la première fois au monde qu&amp;rsquo;en étendant la distance du code de surface de $d=3$ (utilisation de 17 qubits physiques) à $d=5$ (utilisation de 49 qubits physiques), le taux d&amp;rsquo;erreur logique diminuait légèrement, passant de 3,028 % à 2,914 %.&lt;/p>
&lt;p>Cela signifie qu&amp;rsquo;ils ont pénétré dans la zone où $p &lt; p_{th}$, et cela indique que la validation de principe (Proof of Concept) la plus importante vers le FTQC, à savoir que plus on augmente le nombre de qubits physiques, plus les performances s&amp;rsquo;améliorent, a été réalisée.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="6-feuille-de-route-et-perspectives-vers-le-ftqc-calcul-quantique-tolérant-aux-pannes">6. Feuille de route et perspectives vers le FTQC (Calcul quantique tolérant aux pannes)
&lt;/h2>&lt;p>Google et IBM, bien qu&amp;rsquo;adoptant des architectures et des approches différentes, se livrent à une course au développement acharnée vers leur objectif final, le FTQC (Fault-Tolerant Quantum Computing).&lt;/p>
&lt;h3 id="lapproche-dibm--modularisation-et-grille-heavy-hex">L&amp;rsquo;approche d&amp;rsquo;IBM : Modularisation et grille Heavy-Hex
&lt;/h3>&lt;p>IBM se concentre sur la mise à l&amp;rsquo;échelle de ses processeurs tout en cherchant à réduire drastiquement le taux d&amp;rsquo;erreur. Tout en repoussant les limites des puces uniques avec « Eagle (127Q) », « Osprey (433Q) » et « Condor (1121Q) », ils ont annoncé une architecture modulaire appelée « Quantum System Two ». De plus, ils adoptent une « Grille Heavy-Hex » (Heavy-Hex lattice) pour la topologie de couplage de leurs qubits, ce qui réduit la diaphonie (crosstalk) indésirable et augmente la stabilité. La stratégie d&amp;rsquo;IBM est une approche hybride : poursuivre l&amp;rsquo;utilité à court terme grâce à une atténuation avancée des erreurs, tout en introduisant progressivement la QEC.&lt;/p>
&lt;h3 id="lapproche-de-google--amélioration-de-la-qualité-des-qubits-logiques">L&amp;rsquo;approche de Google : Amélioration de la qualité des qubits logiques
&lt;/h3>&lt;p>La stratégie de Google met davantage l&amp;rsquo;accent sur la réduction extrême du taux d&amp;rsquo;erreur d&amp;rsquo;un seul qubit logique (par exemple, jusqu&amp;rsquo;à $10^{-6}$) plutôt que sur l&amp;rsquo;augmentation rapide du nombre de qubits physiques. Sur cette base, ils visent à établir une technologie de transfert des états quantiques entre les modules (Quantum Interconnects) et à créer un système à grande échelle faisant fonctionner plusieurs milliers à plusieurs dizaines de milliers de qubits physiques en parallèle.&lt;/p>
&lt;p>La mise en œuvre de protocoles permettant d&amp;rsquo;exécuter des portes non-Clifford avec une tolérance aux pannes, comme la distillation d&amp;rsquo;états magiques (Magic State Distillation), constituera également un obstacle technique majeur à l&amp;rsquo;avenir. Pour exécuter un algorithme de Shor pratique capable de casser un chiffrement RSA de 2048 bits, il faudrait des milliers de qubits logiques avec un taux d&amp;rsquo;erreur inférieur à $10^{-8}$, ce qui équivaut à plusieurs millions ou dizaines de millions de qubits physiques, ce qui indique que le chemin est encore long.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="7-conclusion">7. Conclusion
&lt;/h2>&lt;p>La « Suprématie quantique » a constitué une étape importante dans l&amp;rsquo;histoire des ordinateurs quantiques, prouvant physiquement le potentiel théorique de ces machines. La démonstration de Google en 2019 et la réfutation constructive d&amp;rsquo;IBM ont poussé l&amp;rsquo;ensemble de l&amp;rsquo;industrie au-delà d&amp;rsquo;une simple preuve théorique vers la poursuite d&amp;rsquo;une utilité réelle (Utility), puis vers l&amp;rsquo;ère de l&amp;rsquo;ingénierie à part entière menant au calcul quantique tolérant aux pannes (FTQC).&lt;/p>
&lt;p>Aujourd&amp;rsquo;hui, nous assistons à une période de transition entre les dispositifs NISQ remplis de bruit et les dispositifs à qubits logiques dotés d&amp;rsquo;une correction d&amp;rsquo;erreurs. Au cours des cinq à dix prochaines années, de nouvelles découvertes en science des matériaux, des révolutions dans le processus de découverte de médicaments, et des avancées majeures dans les problèmes d&amp;rsquo;optimisation deviendront réalité en tandem avec l&amp;rsquo;évolution de ce matériel quantique.&lt;/p>
&lt;p>Il faudra continuer de suivre de près les développements de Google, d&amp;rsquo;IBM, et des chercheurs du monde entier qui façonnent l&amp;rsquo;informatique de demain.&lt;/p></description></item><item><title>Comment la blockchain et les cryptomonnaies évolueront-elles à l'ère post-quantique ?</title><link>http://kenji.blog/fr/p/post-quantum-blockchain-and-crypto/</link><pubDate>Fri, 11 Sep 2026 17:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/post-quantum-blockchain-and-crypto/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/post-quantum-blockchain-and-crypto/img/eyecatch.jpg" alt="Featured image of post Comment la blockchain et les cryptomonnaies évolueront-elles à l'ère post-quantique ?" />&lt;h2 id="1-introduction--lapproche-de-lère-post-quantique-et-la-crise-de-la-blockchain">1. Introduction : L&amp;rsquo;approche de l&amp;rsquo;ère post-quantique et la crise de la blockchain
&lt;/h2>&lt;p>Depuis la création du Bitcoin par Satoshi Nakamoto en 2009, la technologie de la blockchain s&amp;rsquo;est développée pour devenir l&amp;rsquo;infrastructure des systèmes financiers et des applications à travers le monde, en tant que « registre décentralisé et infalsifiable ». Cette sécurité robuste repose sur des technologies cryptographiques modernes : la &lt;strong>cryptographie à clé publique (Public Key Cryptography)&lt;/strong> et les &lt;strong>fonctions de hachage cryptographique (Cryptographic Hash Functions)&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>Ces technologies cryptographiques garantissent la sécurité en s&amp;rsquo;appuyant sur la « difficulté de calcul » mathématique, c&amp;rsquo;est-à-dire qu&amp;rsquo;un ordinateur classique (les PC ou supercalculateurs que nous utilisons aujourd&amp;rsquo;hui) mettrait un temps comparable à l&amp;rsquo;âge de l&amp;rsquo;univers pour les déchiffrer.&lt;/p>
&lt;p>Cependant, cette prémisse est sur le point d&amp;rsquo;être fondamentalement bouleversée par le développement rapide et la mise en pratique des &lt;strong>ordinateurs quantiques (Quantum Computers)&lt;/strong>, qui représentent la frontière de la physique et des sciences de l&amp;rsquo;information. Les ordinateurs quantiques, qui utilisent les propriétés de la mécanique quantique telles que la « superposition (Superposition) » et l&amp;rsquo;« intrication (Entanglement) », font preuve d&amp;rsquo;une puissance de calcul surpassant de loin les ordinateurs classiques pour certains problèmes mathématiques, ce que l&amp;rsquo;on appelle la « suprématie quantique (Quantum Supremacy) ».&lt;/p>
&lt;p>Dans cet article, nous explorerons en profondeur, d&amp;rsquo;un point de vue technique et mathématique, les menaces spécifiques auxquelles la technologie de la blockchain est confrontée à cause des ordinateurs quantiques, ainsi que les dernières tendances de la &lt;strong>cryptographie post-quantique (PQC : Post-Quantum Cryptography)&lt;/strong> qui s&amp;rsquo;annonce comme la solution, et les scénarios de transition pour les réseaux de crypto-actifs.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="2-les-bases-de-linformatique-quantique-et-ses-2-grandes-menaces-pour-la-blockchain">2. Les bases de l&amp;rsquo;informatique quantique et ses 2 grandes menaces pour la blockchain
&lt;/h2>&lt;p>Les systèmes de blockchain actuels sont principalement constitués des deux éléments cryptographiques suivants, chacun étant exposé à des menaces différentes de la part des algorithmes quantiques.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph TD
A["Puissance de calcul phénoménale des ordinateurs quantiques"] --> B["Algorithme de Shor (Shor's Algorithm)"]
A --> C["Algorithme de Grover (Grover's Algorithm)"]
B --> D["Effondrement de la cryptographie à clé publique (ECDSA/RSA/DSA)"]
C --> E["Impact sur les fonctions de hachage cryptographique (SHA-256)"]
D --> F["Identification de la clé privée d'autrui et falsification de transactions"]
E --> G["Avantage dans le minage PoW et attaques sur certaines adresses"]
F --> H["Menace fatale et directe pour la blockchain"]
G --> I["Menace gérable par ajustement de l'algorithme (ex. augmentation de la taille de la clé)"]
style H fill:#ff9999,stroke:#cc0000,stroke-width:2px;
style I fill:#ffff99,stroke:#cccc00,stroke-width:2px;&lt;/div>
&lt;h3 id="21-les-fondements-de-la-cryptographie-sur-les-courbes-elliptiques-ecdsa-et-la-difficulté-de-calcul">2.1. Les fondements de la cryptographie sur les courbes elliptiques (ECDSA) et la difficulté de calcul
&lt;/h3>&lt;p>De nombreuses blockchains, dont le Bitcoin et l&amp;rsquo;Ethereum, utilisent l&amp;rsquo;&lt;strong>algorithme de signature numérique sur courbe elliptique (ECDSA : Elliptic Curve Digital Signature Algorithm)&lt;/strong> comme algorithme de signature numérique. Plus précisément, le Bitcoin utilise une courbe elliptique avec le paramètre &lt;code>secp256k1&lt;/code>.&lt;/p>
&lt;p>La sécurité de la cryptographie sur les courbes elliptiques dépend de la difficulté de calcul du &lt;strong>problème du logarithme discret sur courbe elliptique (ECDLP : Elliptic Curve Discrete Logarithm Problem)&lt;/strong>.
La courbe elliptique est définie par l&amp;rsquo;équation sous forme de Weierstrass suivante :&lt;/p>
$$
y^2 \equiv x^3 + ax + b \pmod{p}
$$
&lt;p>Pour le &lt;code>secp256k1&lt;/code> du Bitcoin, $a = 0, b = 7$, et $p$ est un très grand nombre premier.
Soit $G$ un point de base sur cette courbe, et $k$ la clé privée, qui est un très grand nombre entier de 256 bits choisi au hasard. Alors, la clé publique $K$ est obtenue par l&amp;rsquo;addition de $G$ à lui-même $k$ fois (multiplication scalaire).&lt;/p>
$$
K = k \times G = \underbrace{G + G + \dots + G}_{k \text{ fois}}
$$
&lt;p>En utilisant un ordinateur classique, calculer la clé privée $k$ à partir de la clé publique $K$ (calculer le logarithme discret) nécessite un temps de calcul exponentiel $\mathcal{O}(\sqrt{p})$ même avec les meilleurs algorithmes classiques tels que l&amp;rsquo;algorithme rho de Pollard. Pour une clé de 256 bits, environ $2^{128}$ opérations sont nécessaires, ce qui est impossible à résoudre même en faisant fonctionner les supercalculateurs actuels pendant des milliards d&amp;rsquo;années.&lt;/p>
&lt;h3 id="22-leffondrement-causé-par-lalgorithme-de-shor-shors-algorithm">2.2. L&amp;rsquo;effondrement causé par l&amp;rsquo;algorithme de Shor (Shor&amp;rsquo;s Algorithm)
&lt;/h3>&lt;p>Cependant, l&amp;rsquo;&lt;strong>algorithme de Shor&lt;/strong>, publié par Peter Shor en 1994, a complètement détruit cette hypothèse. L&amp;rsquo;algorithme de Shor a été initialement proposé pour résoudre le problème de la factorisation en nombres premiers (la base du chiffrement RSA) en temps polynomial, mais il s&amp;rsquo;applique également au problème du logarithme discret et au problème du logarithme discret sur courbe elliptique.&lt;/p>
&lt;p>Le cœur de l&amp;rsquo;algorithme de Shor réside dans l&amp;rsquo;utilisation de la &lt;strong>transformée de Fourier quantique (QFT : Quantum Fourier Transform)&lt;/strong> pour trouver rapidement la « période (Period) » d&amp;rsquo;une fonction.&lt;/p>
$$
\text{Complexité classique} = \mathcal{O}(2^{n/2}) \quad (n\text{ est la longueur en bits})
$$
$$
\text{Complexité de l'algorithme quantique} = \mathcal{O}(n^3)
$$
&lt;p>Ainsi, l&amp;rsquo;algorithme de Shor réduit considérablement un temps exponentiel à un &lt;strong>temps polynomial (Polynomial Time)&lt;/strong>. Si un ordinateur quantique doté d&amp;rsquo;un nombre suffisant de qubits logiques est achevé, il sera possible d&amp;rsquo;identifier la clé privée $k$ à partir de la clé publique $K$ publiée sur le réseau en quelques minutes ou quelques secondes. Par conséquent, un attaquant pourra facilement obtenir la clé privée du portefeuille de quelqu&amp;rsquo;un d&amp;rsquo;autre et prendre le contrôle total des fonds.&lt;/p>
&lt;h4 id="221-étapes-par-étapes-de-la-résolution-de-lecdlp-par-lalgorithme-de-shor">2.2.1 Étapes par étapes de la résolution de l&amp;rsquo;ECDLP par l&amp;rsquo;algorithme de Shor
&lt;/h4>&lt;p>Voyons étape par étape le processus interne par lequel un ordinateur quantique résout le problème du logarithme discret sur courbe elliptique (ECDLP).&lt;/p>
&lt;p>Définition du problème : Dans $K = k \times G$, $G$ et $K$ sont connus, et nous voulons trouver l&amp;rsquo;entier inconnu $k$ (la clé privée). Soit $N$ l&amp;rsquo;ordre de la courbe elliptique.&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>Étape 1 : Création de l&amp;rsquo;état de superposition&lt;/strong>
Tout d&amp;rsquo;abord, nous préparons deux registres quantiques et appliquons une porte de Hadamard (Hadamard Gate) à chacun d&amp;rsquo;eux pour créer un état de superposition de toutes les combinaisons possibles d&amp;rsquo;entiers.
&lt;/p>
$$
|\psi_1\rangle = \frac{1}{N} \sum_{x=0}^{N-1} \sum_{y=0}^{N-1} |x\rangle |y\rangle |0\rangle
$$
&lt;p>&lt;strong>Étape 2 : Application de l&amp;rsquo;oracle quantique (évaluation de la fonction)&lt;/strong>
Ensuite, à l&amp;rsquo;aide d&amp;rsquo;un circuit quantique (oracle) qui effectue l&amp;rsquo;addition de points sur la courbe elliptique, nous calculons la fonction $f(x, y) = x \times G + y \times K$ dans le troisième registre.
&lt;/p>
$$
|\psi_2\rangle = \frac{1}{N} \sum_{x=0}^{N-1} \sum_{y=0}^{N-1} |x\rangle |y\rangle |x \times G + y \times K\rangle
$$
&lt;p>
Ce qui est important ici, c&amp;rsquo;est que puisque $K = k \times G$, cela peut être réécrit comme $f(x, y) = (x + y \cdot k) \times G$.&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>Étape 3 : Mesure du troisième registre&lt;/strong>
Lorsque le troisième registre est mesuré, il s&amp;rsquo;effondre sur un certain point $R$ sur la courbe elliptique. Par conséquent, les premier et deuxième registres s&amp;rsquo;effondrent dans un état de superposition des paires $(x, y)$ satisfaisant $x + y \cdot k \equiv c \pmod{N}$ (où $c$ est une constante).
&lt;/p>
$$
|\psi_3\rangle = \frac{1}{\sqrt{N}} \sum_{y=0}^{N-1} |c - y \cdot k \pmod{N}\rangle |y\rangle
$$
&lt;p>&lt;strong>Étape 4 : Application de la transformée de Fourier quantique (QFT)&lt;/strong>
Cet état a une périodicité liée à la période $k$. En appliquant ici la transformée de Fourier quantique inverse (Inverse QFT), on provoque des interférences de phase et on convertit l&amp;rsquo;information de période en amplitude.&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>Étape 5 : Mesure et post-traitement classique&lt;/strong>
Lorsque les premier et deuxième registres sont mesurés, une valeur contenant des informations sur $k$ est obtenue avec une forte probabilité. En appliquant des algorithmes de théorie des nombres classiques tels que le développement en fractions continues (Continued Fractions) à la valeur mesurée, la clé privée inconnue $k$ peut être complètement identifiée.&lt;/p>
&lt;p>Le nombre de portes quantiques requis pour l&amp;rsquo;ensemble de ce processus est $\mathcal{O}(\log^3 N)$, ce qui permet de révéler la clé privée à une vitesse ultra-rapide, incomparable avec la recherche $\mathcal{O}(\sqrt{N})$ par un ordinateur classique.&lt;/p>
&lt;h3 id="23-lalgorithme-de-grover-grovers-algorithm-et-son-impact-sur-les-fonctions-de-hachage">2.3. L&amp;rsquo;algorithme de Grover (Grover&amp;rsquo;s Algorithm) et son impact sur les fonctions de hachage
&lt;/h3>&lt;p>L&amp;rsquo;autre menace est l&amp;rsquo;&lt;strong>algorithme de Grover&lt;/strong>, proposé par Lov Grover en 1996. Celui-ci a un impact majeur sur les fonctions de hachage (ex. : SHA-256).&lt;/p>
&lt;p>Dans la blockchain, les fonctions de hachage sont utilisées pour garantir l&amp;rsquo;intégrité des données, générer des adresses et servent de base au &lt;strong>minage PoW (Proof of Work)&lt;/strong> du Bitcoin. L&amp;rsquo;inversion d&amp;rsquo;une fonction de hachage (calcul de la préimage) peut être considérée comme un « problème de recherche dans une base de données non structurée », consistant à trouver une valeur d&amp;rsquo;entrée $x$ telle que $H(x) = y$ pour une valeur de sortie $y$ donnée.&lt;/p>
&lt;p>Dans un ordinateur classique, pour trouver la bonne réponse parmi $N$ possibilités, il faut en moyenne $\frac{N}{2}$ essais, et $N$ essais dans le pire des cas. En d&amp;rsquo;autres termes, la complexité est $\mathcal{O}(N)$.
Cependant, l&amp;rsquo;algorithme de Grover utilise une technique quantique appelée « amplification d&amp;rsquo;amplitude (Amplitude Amplification) ». En amplifiant itérativement l&amp;rsquo;amplitude de probabilité de l&amp;rsquo;état correspondant à la bonne réponse parmi toutes les possibilités dans un état de superposition, le temps de recherche est réduit à sa racine carrée.&lt;/p>
$$
\text{Complexité de l'algorithme de Grover} = \mathcal{O}(\sqrt{N})
$$
&lt;p>Dans le cas de SHA-256, puisque $N = 2^{256}$, une recherche exhaustive classique nécessiterait environ $2^{256}$ essais. Cependant, en utilisant l&amp;rsquo;algorithme de Grover, il suffit de $\sqrt{2^{256}} = 2^{128}$ essais. Cela signifie qu&amp;rsquo;une fonction de hachage de 256 bits voit son niveau de sécurité &lt;strong>effectivement divisé par deux, à 128 bits&lt;/strong>, face à un ordinateur quantique.&lt;/p>
&lt;h4 id="231-sha-256-survivra-t-il--quantum-supremacy-in-hashing">2.3.1. SHA-256 survivra-t-il ? (Quantum Supremacy in Hashing)
&lt;/h4>&lt;p>Bien que la sécurité soit réduite de moitié, « une sécurité de 128 bits » reste extrêmement solide. $2^{128}$ opérations représentent un chiffre astronomique même selon les standards technologiques actuels, nécessitant une échelle de temps comparable à la durée de vie de l&amp;rsquo;univers.
Par conséquent, il est largement considéré que &lt;strong>« SHA-256 maintiendra un niveau de sécurité pratique même face aux ordinateurs quantiques »&lt;/strong>. S&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;avère nécessaire d&amp;rsquo;augmenter la marge de sécurité à l&amp;rsquo;avenir, il suffira simplement de doubler la longueur de sortie du hachage (par exemple, passer de SHA-256 à SHA-512) pour maintenir le niveau de sécurité classique de 256 bits dans le monde quantique.&lt;/p>
&lt;p>En conclusion, on peut dire que la menace quantique pesant sur les fonctions de hachage est « mineure et gérable », tandis que la menace sur la cryptographie à clé publique (ECDSA) est « fatale ».&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="3-analyse-des-impacts-concrets-sur-les-crypto-actifs-actuels-bitcoin-ethereum">3. Analyse des impacts concrets sur les crypto-actifs actuels (Bitcoin, Ethereum)
&lt;/h2>&lt;p>Dans un monde où le déchiffrement de l&amp;rsquo;ECDSA par un ordinateur quantique deviendrait possible, à quelles vulnérabilités spécifiques les réseaux de crypto-actifs seront-ils confrontés ? Nous ferons ici une analyse détaillée en prenant l&amp;rsquo;exemple du fonctionnement du Bitcoin, du point de vue du &lt;strong>« timing d&amp;rsquo;exposition de la clé publique »&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;h3 id="31-génération-dadresses-et--confidentialité--de-la-clé-publique">3.1. Génération d&amp;rsquo;adresses et « confidentialité » de la clé publique
&lt;/h3>&lt;p>Les adresses Bitcoin (P2PKH : Pay-to-Public-Key-Hash ou P2WPKH : Pay-to-Witness-Public-Key-Hash) n&amp;rsquo;utilisent pas la clé publique elle-même, mais un hachage multiple de la clé publique.&lt;/p>
$$
\text{Bitcoin Address} = \text{Base58Check}(\text{RIPEMD160}(\text{SHA256}(\text{Public Key})))
$$
&lt;p>Comme mentionné précédemment, les fonctions de hachage résistent aux attaques quantiques (l&amp;rsquo;algorithme de Grover), il est donc impossible, même pour un ordinateur quantique, de retrouver la « clé publique » d&amp;rsquo;origine à partir de « l&amp;rsquo;adresse » (la valeur de hachage).
En d&amp;rsquo;autres termes, pour &lt;strong>« une adresse inutilisée (qui n&amp;rsquo;a jamais envoyé de fonds) »&lt;/strong>, la clé publique n&amp;rsquo;est exposée nulle part sur la blockchain, et seule la valeur de hachage est enregistrée. Par conséquent, tant que la clé publique est inconnue, il n&amp;rsquo;y a pas de cible pour exécuter l&amp;rsquo;algorithme de Shor, et la clé privée ne peut pas être identifiée. On peut dire que les portefeuilles dans cet état sont sûrs sur le plan quantique (Quantum-safe).&lt;/p>
&lt;h3 id="32-la-vulnérabilité-fatale-lors-de-lenvoi-de-transactions-attaque-de-front-running">3.2. La vulnérabilité fatale lors de l&amp;rsquo;envoi de transactions (Attaque de front-running)
&lt;/h3>&lt;p>Le problème survient au moment où un utilisateur envoie des fonds.
Lorsqu&amp;rsquo;il diffuse (broadcast) une transaction sur le réseau, l&amp;rsquo;utilisateur doit inclure sa signature numérique ainsi que &lt;strong>sa propre clé publique dans les données de la transaction pour la vérification, et la rendre publique sur tout le réseau&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">sequenceDiagram
participant User as "Utilisateur (Alice)"
participant Mempool as "Mempool (Pool de transactions non confirmées)"
participant QuantumAttacker as "Attaquant quantique"
participant Miner as "Mineur (Génération de blocs)"
User->>Mempool: Envoi de la transaction (incluant la clé publique + signature)
Mempool-->>QuantumAttacker: Interception de la clé publique sur le réseau
note right of QuantumAttacker: Exécution de l'algorithme de Shor en quelques minutes&lt;br/>(Calcul de la clé privée à partir de la clé publique)
QuantumAttacker->>QuantumAttacker: Génération d'une nouvelle signature avec la clé privée d'Alice
QuantumAttacker->>Mempool: Diffusion d'une transaction frauduleuse avec des frais de minage plus élevés
Miner->>Miner: Inclusion prioritaire de la transaction frauduleuse avec des frais (Gas) élevés dans un bloc
Miner-->>User: Enregistrement sur la blockchain (Perte des fonds d'Alice)&lt;/div>
&lt;p>Une fois que la clé publique est envoyée au Mempool (la zone d&amp;rsquo;attente des transactions non confirmées), ces données sont partagées avec les nœuds du monde entier. Si un attaquant possède un ordinateur quantique ultra-rapide, il peut voler les fonds grâce au processus suivant :&lt;/p>
&lt;ol>
&lt;li>Intercepter la transaction légitime de l&amp;rsquo;utilisateur (Alice) depuis le Mempool et en &lt;strong>extraire la clé publique&lt;/strong>.&lt;/li>
&lt;li>Exécuter l&amp;rsquo;algorithme de Shor et &lt;strong>calculer la clé privée à partir de la clé publique en quelques minutes (avant que le bloc ne soit confirmé)&lt;/strong>.&lt;/li>
&lt;li>Utiliser la clé privée obtenue pour &lt;strong>créer une fausse transaction&lt;/strong> envoyant les fonds d&amp;rsquo;Alice vers l&amp;rsquo;adresse de l&amp;rsquo;attaquant.&lt;/li>
&lt;li>Définir pour cette fausse transaction des &lt;strong>frais de minage (Fee) beaucoup plus élevés&lt;/strong> que ceux de la transaction originale d&amp;rsquo;Alice et l&amp;rsquo;envoyer sur le réseau.&lt;/li>
&lt;/ol>
&lt;p>Les mineurs, obéissant aux incitations économiques, incluront en priorité la transaction avec les frais les plus élevés dans un bloc. Par conséquent, la transaction frauduleuse de l&amp;rsquo;attaquant sera confirmée en premier, et la transaction légitime d&amp;rsquo;Alice sera rejetée pour « fonds insuffisants (Double Spend) ».
Cette séquence d&amp;rsquo;événements est appelée &lt;strong>attaque de front-running (Front-running Attack)&lt;/strong>. Dans un monde où les ordinateurs quantiques sont devenus réalité, cela entraînera une situation effrayante où les fonds seront volés par des pirates informatiques à la seconde où quelqu&amp;rsquo;un appuiera sur le bouton d&amp;rsquo;envoi.&lt;/p>
&lt;h3 id="33-le-danger-des-adresses-réutilisées-et-des-anciennes-adresses-p2pk">3.3. Le danger des adresses réutilisées et des anciennes adresses (P2PK)
&lt;/h3>&lt;p>Un problème encore plus grave est que les adresses à partir desquelles des fonds ont été envoyés au moins une fois par le passé (comme lorsqu&amp;rsquo;elles sont réutilisées comme adresses de monnaie de retour) ont déjà leur clé publique enregistrée de manière permanente sur la blockchain. Celles-ci risquent de voir leur clé privée calculée et leur solde volé à tout moment, sans même attendre l&amp;rsquo;envoi d&amp;rsquo;une transaction.&lt;/p>
&lt;p>De plus, dans le format &lt;strong>P2PK (Pay-to-Public-Key)&lt;/strong>, qui était dominant autour de 2009-2010 et qui inclut les récompenses de minage initiales de Satoshi Nakamoto (plus d&amp;rsquo;un million de BTC), la clé publique elle-même, et non un hachage, était directement enregistrée sur la blockchain comme adresse. Ces énormes quantités de bitcoins dormants deviendront les cibles les plus faciles pour les ordinateurs quantiques, et pourraient déclencher un krach majeur des prix en étant volées en masse et déversées sur le marché.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="4-scénarios-de-transition-vers-la-cryptographie-post-quantique-pqc--post-quantum-cryptography">4. Scénarios de transition vers la cryptographie post-quantique (PQC : Post-Quantum Cryptography)
&lt;/h2>&lt;p>Afin d&amp;rsquo;éviter la catastrophe du « Q-Day (le jour où les ordinateurs quantiques briseront la cryptographie) », la communauté cryptographique et celle de la blockchain prévoient de migrer vers une &lt;strong>cryptographie post-quantique (PQC)&lt;/strong> difficile à déchiffrer même avec des algorithmes quantiques.
Le National Institute of Standards and Technology (NIST) des États-Unis mène depuis de nombreuses années un processus de standardisation PQC, et après plusieurs phases d&amp;rsquo;évaluations rigoureuses, quelques systèmes de chiffrement prometteurs ont été sélectionnés comme normes finales.&lt;/p>
&lt;p>Nous expliquerons en détail les principaux algorithmes PQC qui attirent l&amp;rsquo;attention en tant qu&amp;rsquo;alternatives aux signatures numériques de la blockchain, ainsi que leurs mécanismes mathématiques.&lt;/p>
&lt;h3 id="41-signatures-basées-sur-le-hachage-hash-based-signatures">4.1. Signatures basées sur le hachage (Hash-Based Signatures)
&lt;/h3>&lt;p>Les signatures basées sur le hachage sont un schéma cryptographique dont la sécurité repose uniquement sur une base très simple et robuste : la « résistance aux collisions des fonctions de hachage ». Étant donné que la sécurité des fonctions de hachage contre les ordinateurs quantiques a déjà été prouvée (comme mentionné précédemment, une marge de sécurité de 128 bits est suffisante), il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;une approche extrêmement fiable.
Parmi les exemples représentatifs, citons la &lt;strong>signature de Lamport (Lamport Signatures)&lt;/strong>, son extension WOTS (Winternitz One-Time Signature), et le candidat à la standardisation du NIST, &lt;strong>SPHINCS+&lt;/strong> (désormais appelé SLH-DSA sous FIPS 205).&lt;/p>
&lt;h4 id="411-détails-mathématiques-de-la-signature-de-lamport-one-time-signature">4.1.1. Détails mathématiques de la signature de Lamport (One-Time Signature)
&lt;/h4>&lt;p>Examinons plus en détail le fonctionnement mathématique de la signature de Lamport.
Soit une fonction de hachage $H: \{0, 1\}^* \to \{0, 1\}^{256}$.&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>[Génération des clés]&lt;/strong>
Alice (l&amp;rsquo;expéditrice) utilise un véritable générateur de nombres aléatoires (TRNG) pour générer 256 paires de clés privées.
&lt;/p>
$$
\text{sk}_{i,0} \in \{0, 1\}^{256}, \quad \text{sk}_{i,1} \in \{0, 1\}^{256} \quad (1 \le i \le 256)
$$
&lt;p>
Ainsi, la clé privée $\text{sk}$ se compose d&amp;rsquo;un total de 512 chaînes de 256 bits (taille : $512 \times 32 = 16 384$ octets).&lt;/p>
&lt;p>Ensuite, elle calcule la clé publique $\text{pk}$. Chaque composant de la clé privée est haché.
&lt;/p>
$$
\text{pk}_{i,0} = H(\text{sk}_{i,0}), \quad \text{pk}_{i,1} = H(\text{sk}_{i,1})
$$
&lt;p>
La clé publique fait également $16 384$ octets. Celle-ci est publiée sur le réseau de la blockchain.&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>[Génération de la signature]&lt;/strong>
Pour signer les données de transaction $M$, Alice calcule d&amp;rsquo;abord sa valeur de hachage.
&lt;/p>
$$
h = H(M) \in \{0, 1\}^{256}
$$
&lt;p>
Soit $h_i \in \{0, 1\}$ le $i$-ème bit de la valeur de hachage $h$.
La signature d&amp;rsquo;Alice, $\sigma$, sera l&amp;rsquo;ensemble des composants de la clé privée correspondant à chaque bit $h_i$.
&lt;/p>
$$
\sigma = (\text{sk}_{1, h_1}, \text{sk}_{2, h_2}, \dots, \text{sk}_{256, h_{256}})
$$
&lt;p>
En d&amp;rsquo;autres termes, si le bit du hachage du message est &lt;code>0&lt;/code>, elle révèle $\text{sk}_{i,0}$, et s&amp;rsquo;il est &lt;code>1&lt;/code>, elle révèle $\text{sk}_{i,1}$. La taille de la signature sera de $256 \times 32 = 8 192$ octets.&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>[Vérification de la signature]&lt;/strong>
Le mineur (vérificateur) vérifie en utilisant la transaction $M$ reçue, la signature $\sigma = (s_1, s_2, \dots, s_{256})$ et la clé publique $\text{pk}$.
Il recalcule le hachage de la transaction $h = H(M)$ et vérifie si le hachage de chaque $s_i$ correspond à l&amp;rsquo;élément correspondant de la clé publique, $\text{pk}_{i, h_i}$.
&lt;/p>
$$
H(s_i) \overset{?}{=} \text{pk}_{i, h_i} \quad (\text{pour tout } 1 \le i \le 256)
$$
&lt;p>Ce processus est mathématiquement très simple, et à moins qu&amp;rsquo;un ordinateur quantique ne puisse inverser $H$, il est impossible de falsifier une signature. Cependant, une fois signée, la moitié de la clé privée est exposée au réseau. Si la même paire de clés est utilisée pour signer un autre message, les clés privées exposées se combinent, donnant à un attaquant la possibilité de forger des signatures. Cela crée une forte contrainte : la clé ne peut être utilisée qu&amp;rsquo;&lt;strong>« une seule fois (One-Time) »&lt;/strong>.
Pour rendre cela pratique, des technologies comme &lt;strong>XMSS&lt;/strong>, qui utilise un arbre de Merkle pour regrouper de nombreuses clés à usage unique en une seule clé publique racine, ou &lt;strong>SPHINCS+&lt;/strong>, qui est sans état, ont été développées, mais elles présentent l&amp;rsquo;inconvénient de tailles de signature atteignant des dizaines de kilo-octets.&lt;/p>
&lt;h3 id="42-cryptographie-fondée-sur-les-réseaux-euclidiens-lattice-based-cryptography">4.2. Cryptographie fondée sur les réseaux euclidiens (Lattice-Based Cryptography)
&lt;/h3>&lt;p>Actuellement, la cryptographie qui suscite le plus d&amp;rsquo;attentes en tant que courant principal du PQC, et qui a été adoptée comme norme principale du NIST (FIPS 204 : ML-DSA / anciennement CRYSTALS-Dilithium, ou Falcon), est la &lt;strong>cryptographie fondée sur les réseaux euclidiens&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>La sécurité de la cryptographie sur les réseaux euclidiens repose sur des problèmes dont la difficulté a été mathématiquement prouvée, tels que le « problème du vecteur le plus court dans un réseau multidimensionnel (SVP : Shortest Vector Problem) » ou le « problème d&amp;rsquo;apprentissage avec erreurs (LWE : Learning With Errors) ». Il n&amp;rsquo;existe aucun algorithme connu capable de résoudre efficacement les problèmes de réseau, même avec un ordinateur quantique.&lt;/p>
&lt;p>&lt;strong>Modèle mathématique du LWE (Learning With Errors) :&lt;/strong>
L&amp;rsquo;idée fondamentale du problème LWE est d&amp;rsquo;ajouter intentionnellement un « petit bruit (erreur) » à un système d&amp;rsquo;équations linéaires, ce qui rend le problème considérablement plus difficile.
Soit un vecteur secret $\mathbf{s} \in \mathbb{Z}_q^n$.
Il y a une grande matrice publique choisie aléatoirement $\mathbf{A} \in \mathbb{Z}_q^{m \times n}$ et un vecteur de petit bruit intentionnellement ajouté $\mathbf{e} \in \mathbb{Z}_q^m$.
La clé publique $\mathbf{b}$ est calculée comme suit :&lt;/p>
$$
\mathbf{b} = \mathbf{A}\mathbf{s} + \mathbf{e} \pmod{q}
$$
&lt;p>Même si la matrice $\mathbf{A}$ et le vecteur $\mathbf{b}$ (clé publique) sont publiés, il devient très difficile de calculer la clé privée $\mathbf{s}$ à l&amp;rsquo;envers en raison de la présence du bruit $\mathbf{e}$. S&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;y avait pas de bruit, cela pourrait être résolu par une simple élimination de Gauss, mais le bruit provoque une explosion de l&amp;rsquo;espace de recherche dans toutes les dimensions, offrant une sécurité robuste contre les ordinateurs classiques et quantiques.
Dans les algorithmes réels utilisés dans les blockchains et ailleurs (comme Dilithium), cela est déployé sur des anneaux polynomiaux, ce que l&amp;rsquo;on appelle &lt;strong>Ring-LWE (ou Module-LWE)&lt;/strong>, afin de réduire la taille des clés et d&amp;rsquo;accélérer les calculs.&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>&lt;strong>Avantages&lt;/strong> : Comparé aux signatures basées sur le hachage, la taille des clés publiques et des signatures est relativement petite (de l&amp;rsquo;ordre de quelques kilo-octets), et la vitesse de calcul pour la génération et la vérification des signatures est très élevée (équivalente ou supérieure à l&amp;rsquo;ECDSA).&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Inconvénients&lt;/strong> : La structure mathématique est complexe et la période d&amp;rsquo;examen historique est courte, de sorte que le risque de découverte de nouveaux algorithmes de déchiffrement à l&amp;rsquo;avenir n&amp;rsquo;est pas nul.&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;hr>
&lt;h2 id="5-les-défis-techniques-de-la-migration-pqc-pour-la-blockchain">5. Les défis techniques de la migration PQC pour la blockchain
&lt;/h2>&lt;p>Ce n&amp;rsquo;est pas parce que des algorithmes PQC (comme Dilithium ou SPHINCS+) existent qu&amp;rsquo;ils peuvent être introduits demain dans Bitcoin ou Ethereum. Plusieurs défis majeurs spécifiques aux systèmes décentralisés se posent.&lt;/p>
&lt;h3 id="51-laugmentation-de-la-taille-des-signatures-et-leffondrement-de-la-scalabilité">5.1. L&amp;rsquo;augmentation de la taille des signatures et l&amp;rsquo;effondrement de la scalabilité
&lt;/h3>&lt;p>Le plus grand obstacle à l&amp;rsquo;introduction de la PQC est l&amp;rsquo;augmentation significative de la taille des données.
Alors que la taille actuelle d&amp;rsquo;une signature ECDSA est d&amp;rsquo;environ 70 octets, dans le cas du Dilithium (ML-DSA) basé sur les réseaux, la taille de la signature est d&amp;rsquo;environ 2 420 octets à 4 595 octets (selon le niveau de sécurité), et la taille de la clé publique dépasse 1 300 octets. Quant au SPHINCS+ basé sur le hachage, la signature seule atteint des dizaines de milliers d&amp;rsquo;octets.&lt;/p>
&lt;p>Si le Bitcoin introduisait la PQC en conservant la limite de taille de bloc actuelle (un poids d&amp;rsquo;environ 4 Mo en incluant SegWit), le nombre de transactions pouvant être stockées dans un seul bloc chuterait considérablement. Le débit du réseau (TPS : Transactions Per Second) s&amp;rsquo;effondrerait, et les congestions de transferts deviendraient la norme.
Pour résoudre ce problème, il faudrait augmenter considérablement la taille des blocs, mais cela accroîtrait les besoins en stockage et en bande passante des nœuds complets, rendant difficile l&amp;rsquo;exploitation de nœuds par des particuliers et entraînant en conséquence &lt;strong>une centralisation du réseau&lt;/strong>, créant ainsi un dilemme.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">pie title "Comparaison de la taille des données de signature dans la blockchain (Schéma conceptuel)"
"ECDSA (env. 70 Octets)" : 2
"Dilithium ML-DSA (env. 2 500 Octets)" : 58
"SPHINCS+ (env. 17 000 Octets)" : 40&lt;/div>
&lt;p>&lt;em>(※ L&amp;rsquo;augmentation de la taille des données de transaction due à l&amp;rsquo;introduction du PQC constitue un goulot d&amp;rsquo;étranglement fatal pour la scalabilité)&lt;/em>&lt;/p>
&lt;h3 id="52-impact-sur-lethereum-virtual-machine-evm-et-les-contrats-précompilés">5.2. Impact sur l&amp;rsquo;Ethereum Virtual Machine (EVM) et les contrats précompilés
&lt;/h3>&lt;p>Dans une plateforme de contrats intelligents Turing-complète comme Ethereum, l&amp;rsquo;introduction de la PQC nécessitera une mise à niveau fondamentale de l&amp;rsquo;EVM (Ethereum Virtual Machine).
L&amp;rsquo;EVM actuel dispose d&amp;rsquo;un contrat précompilé (Precompiled Contract) appelé &lt;code>ecrecover&lt;/code> (adresse : &lt;code>0x01&lt;/code>) pour vérifier les signatures ECDSA, qui est optimisé pour effectuer la vérification de signature avec des frais de gaz très faibles (3000 Gas).&lt;/p>
&lt;p>Cependant, le processus de vérification des nouveaux algorithmes de cryptographie sur réseau tels que Dilithium ou Falcon implique des calculs polynomiaux et matriciels complexes. Si l&amp;rsquo;on tente de l&amp;rsquo;implémenter uniquement avec les codes d&amp;rsquo;opération (Opcodes) de l&amp;rsquo;EVM existant, une seule vérification de signature pourrait consommer des millions, voire des dizaines de millions de gaz. Cela suffirait à épuiser la limite de gaz de bloc actuelle (environ 30 millions de Gas) avec une seule transaction.&lt;/p>
&lt;p>Pour éviter cela, il est nécessaire, via un hard fork du réseau, d&amp;rsquo;intégrer dans l&amp;rsquo;EVM lui-même un nouveau contrat précompilé pour la vérification PQC (par exemple, assigner DilithiumVerify à &lt;code>0x10&lt;/code>). Cela nécessitera un long processus dans lequel les développeurs principaux de chaque client Ethereum (Geth, Nethermind, Erigon, etc.) devront collaborer pour implémenter de manière optimisée la logique de vérification de la cryptographie sur réseau au niveau des langages C++, Go, Rust, etc., et réaliser des audits de sécurité.&lt;/p>
&lt;h3 id="53-la-difficulté-datteindre-un-consensus-par-hard-fork">5.3. La difficulté d&amp;rsquo;atteindre un consensus par hard fork
&lt;/h3>&lt;p>Pour modifier l&amp;rsquo;algorithme de signature sous-jacent, un &lt;strong>hard fork (Hard Fork)&lt;/strong> mettant à jour le protocole de l&amp;rsquo;ensemble du réseau est indispensable. Cependant, dans les communautés qui accordent une grande importance à « ne pas changer les règles et rester décentralisé » comme le Bitcoin, le processus de recherche de consensus est politiquement très difficile. Il faudra probablement des années de discussions et de tests entre la proposition d&amp;rsquo;un BIP (Bitcoin Improvement Proposal) pour la transition PQC et sa mise en œuvre.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="6-quand-le--q-day--arrivera-t-il--la-feuille-de-route-vers-la-transition">6. Quand le « Q-Day » arrivera-t-il ? La feuille de route vers la transition
&lt;/h2>&lt;p>Quand viendra le « Q-Day » (le jour où un ordinateur quantique déchiffrera complètement la cryptographie sur les courbes elliptiques de 256 bits) ?
Les avis des chercheurs divergent, mais de nombreux experts prédisent l&amp;rsquo;apparition d&amp;rsquo;ordinateurs quantiques à grande échelle dotés d&amp;rsquo;au moins quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers de qubits logiques stables (qubits corrigés des erreurs avec une tolérance au bruit) &lt;strong>« entre le milieu des années 2030 et les années 2040 »&lt;/strong>. Toutefois, selon les percées dans l&amp;rsquo;architecture matérielle ou la découverte d&amp;rsquo;algorithmes quantiques plus efficaces, il n&amp;rsquo;est pas impossible que cela arrive plus tôt (vers 2030).&lt;/p>
&lt;p>La feuille de route que l&amp;rsquo;écosystème des crypto-actifs devrait suivre avant qu&amp;rsquo;il ne soit trop tard est la suivante :&lt;/p>
&lt;h3 id="phase-1--signatures-hybrides-et-abstraction-de-compte-maintenant---vers-2028">Phase 1 : Signatures hybrides et abstraction de compte (Maintenant - vers 2028)
&lt;/h3>&lt;p>L&amp;rsquo;industrie actuelle de la blockchain, et en particulier les développeurs d&amp;rsquo;Ethereum (comme Vitalik Buterin), envisage des &lt;strong>« signatures hybrides »&lt;/strong> combinant l&amp;rsquo;ECDSA et le PQC (signatures basées sur le hachage ou cryptographie sur réseau). C&amp;rsquo;est une approche où les transactions reçoivent à la fois la signature ECDSA sécurisée existante et une signature PQC, garantissant la sécurité même si l&amp;rsquo;une des deux est compromise.
De plus, en utilisant l&amp;rsquo;abstraction de compte (Account Abstraction, ERC-4337), des initiatives sont en cours pour implémenter et prendre en charge les signatures PQC sur des portefeuilles de contrats intelligents via opt-in (pour les utilisateurs qui le souhaitent) sans attendre un hard fork au niveau du protocole.&lt;/p>
&lt;h3 id="phase-2--utilisation-des-preuves-à-divulgation-nulle-de-connaissance-zk-rollups-2025---">Phase 2 : Utilisation des preuves à divulgation nulle de connaissance (ZK-Rollups) (2025 - )
&lt;/h3>&lt;p>L&amp;rsquo;atout majeur attendu pour résoudre le plus grand point faible de la PQC, à savoir « l&amp;rsquo;augmentation de la taille des données de signature », est l&amp;rsquo;utilisation des &lt;strong>ZK-Rollups (preuves à divulgation nulle de connaissance)&lt;/strong>, une technologie de couche 2 (Layer 2).
Plutôt que d&amp;rsquo;écrire d&amp;rsquo;énormes données de signature PQC directement sur la couche 1 (Layer 1, la chaîne principale), de nombreuses transactions PQC sont vérifiées et agrégées sur la couche 2. Ensuite, à l&amp;rsquo;aide de ZK-SNARKs ou ZK-STARKs, elles sont compressées en une très petite « donnée de preuve (Proof) » unique qui est enregistrée sur la couche 1.
Il convient de noter que certaines configurations de SNARKs (comme Groth16) sont intrinsèquement vulnérables au niveau quantique, de sorte que l&amp;rsquo;adoption des &lt;strong>ZK-STARKs&lt;/strong>, qui ne dépendent que des fonctions de hachage résistantes au quantique, sera essentielle.&lt;/p>
&lt;h3 id="phase-3--hard-fork-au-niveau-du-protocole-vers-2030">Phase 3 : Hard fork au niveau du protocole (vers 2030)
&lt;/h3>&lt;p>Une fois la standardisation de la PQC par le NIST pleinement établie, et que les bibliothèques standards de l&amp;rsquo;industrie seront disponibles et suffisamment testées, un hard fork devrait être effectué sur les principales chaînes telles que Bitcoin et Ethereum pour migrer complètement l&amp;rsquo;algorithme de signature par défaut vers la PQC. Durant cette période de transition, des annonces à grande échelle exhorteront les utilisateurs à « transférer leurs fonds de leurs anciens portefeuilles vers de nouveaux portefeuilles compatibles PQC ».&lt;/p>
&lt;h3 id="exemples-de-projets-pionniers">Exemples de projets pionniers
&lt;/h3>&lt;p>Certains projets de blockchain ont anticipé cette menace quantique et sont développés avec une résistance quantique revendiquée dès les premières étapes.&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>&lt;strong>QRL (Quantum Resistant Ledger)&lt;/strong> : Une blockchain précoce qui a implémenté nativement au niveau de son protocole la PQC basée sur le hachage appelée XMSS (eXtended Merkle Signature Scheme).&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Algorand / Cellframe&lt;/strong> : Projets qui possèdent une architecture modulaire de couche cryptographique flexible en vue des futures mises à jour PQC, et qui explorent activement l&amp;rsquo;intégration de la cryptographie sur les réseaux euclidiens.&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;hr>
&lt;h2 id="7-conclusion--lavenir-des-crypto-actifs-et-la-protection-de-nos-actifs">7. Conclusion : L&amp;rsquo;avenir des crypto-actifs et la protection de nos actifs
&lt;/h2>&lt;p>L&amp;rsquo;arrivée de « l&amp;rsquo;ère post-quantique » a dépassé le simple stade de la science-fiction et se présente déjà devant nous comme un défi technique concret pour les systèmes cryptographiques réels.&lt;/p>
&lt;p>Les deux épées des ordinateurs quantiques, l&amp;rsquo;algorithme de Shor et l&amp;rsquo;algorithme de Grover, menacent respectivement la cryptographie à clé publique et les fonctions de hachage qui constituent les fondations des blockchains actuelles. La vulnérabilité de l&amp;rsquo;ECDSA, en particulier, est fatale, et la transition vers la cryptographie post-quantique (PQC) est absolument incontournable pour éviter le risque de vol de fonds via les attaques de front-running.&lt;/p>
&lt;p>Cependant, le monde de la technologie et la communauté de la blockchain ne se contentent pas de croiser les bras en attendant la fin du monde. La sélection et la standardisation des algorithmes PQC, comme la cryptographie sur les réseaux euclidiens et les signatures basées sur le hachage, progressent de manière constante. De plus, grâce à l&amp;rsquo;utilisation des preuves à divulgation nulle de connaissance (ZK-STARKs) et des technologies de scalabilité de couche 2, la voie pour surmonter le principal obstacle à l&amp;rsquo;introduction du PQC, à savoir « l&amp;rsquo;augmentation de la taille des données », commence à se dessiner.&lt;/p>
&lt;p>En tant qu&amp;rsquo;utilisateurs ordinaires de crypto-actifs et investisseurs, nous n&amp;rsquo;avons pas besoin de paniquer immédiatement ni de vendre tous nos fonds. Toutefois, il est important d&amp;rsquo;avoir les connaissances de base suivantes et d&amp;rsquo;être conscient de l&amp;rsquo;importance de l&amp;rsquo;autoprotection :&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>&lt;strong>Éviter la réutilisation des adresses&lt;/strong> : Pour des raisons non seulement de confidentialité mais aussi de sécurité, assurez-vous de ne pas conserver vos fonds à long terme sur des « adresses utilisées (des adresses ayant envoyé des fonds au moins une fois, dont la clé publique a été exposée sur la blockchain) ».&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Prêter attention aux tendances technologiques&lt;/strong> : Restez à l&amp;rsquo;affût des actualités concernant les discussions sur la transition PQC et les hard forks des principaux réseaux, comme les BIP de Bitcoin et les EIP d&amp;rsquo;Ethereum, afin de pouvoir procéder à la migration de votre portefeuille de manière appropriée lorsque cela sera nécessaire.&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;p>L&amp;rsquo;histoire de la blockchain est aussi l&amp;rsquo;histoire d&amp;rsquo;améliorations constantes et de résilience (capacité de récupération) face aux nouvelles menaces technologiques. Tout comme l&amp;rsquo;écosystème a surmonté les problèmes de scalabilité et les problèmes environnementaux (par la transition du PoW au PoS, par exemple), il cherchera sans aucun doute des solutions et s&amp;rsquo;adaptera globalement à cette menace quantique sans précédent.
Plutôt que d&amp;rsquo;être détruites par leur confrontation, on peut s&amp;rsquo;attendre à ce que la nouvelle sagesse de l&amp;rsquo;humanité qu&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;ordinateur quantique et la technologie de confiance qu&amp;rsquo;est le registre décentralisé soient sublimées en un système robuste fusionné à un niveau supérieur.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;p>&lt;em>Références et liens utiles :&lt;/em>&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>National Institute of Standards and Technology (NIST) - Post-Quantum Cryptography Standardization Project&lt;/li>
&lt;li>Shor, P. W. (1994). Algorithms for quantum computation: discrete logarithms and factoring.&lt;/li>
&lt;li>Grover, L. K. (1996). A fast quantum mechanical algorithm for database search.&lt;/li>
&lt;li>Buterin, V. (2024). How to hard-fork to save most users&amp;rsquo; funds in a quantum emergency.&lt;/li>
&lt;/ul></description></item><item><title>Différence entre le recuit quantique et le modèle à portes quantiques expliquée simplement</title><link>http://kenji.blog/fr/p/quantum-annealing-vs-gate-model-explained/</link><pubDate>Fri, 11 Sep 2026 12:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/quantum-annealing-vs-gate-model-explained/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/quantum-annealing-vs-gate-model-explained/img/eyecatch.jpg" alt="Featured image of post Différence entre le recuit quantique et le modèle à portes quantiques expliquée simplement" />&lt;h1 id="différence-entre-le-recuit-quantique-et-le-modèle-à-portes-quantiques-expliquée-simplement">Différence entre le recuit quantique et le modèle à portes quantiques expliquée simplement
&lt;/h1>&lt;p>L&amp;rsquo;informatique quantique est une technologie de calcul de nouvelle génération qui a le potentiel de résoudre des problèmes spécifiques, nécessitant un temps énorme pour les ordinateurs classiques actuels (y compris les superordinateurs conventionnels), de manière exponentiellement plus rapide en utilisant les principes de la mécanique quantique (superposition et intrication quantique).&lt;/p>
&lt;p>Actuellement, il existe deux principaux paradigmes d&amp;rsquo;approche pour la réalisation des ordinateurs quantiques : &lt;strong>&amp;ldquo;le recuit quantique (Quantum Annealing)&amp;rdquo;&lt;/strong> et &lt;strong>&amp;ldquo;le modèle à portes quantiques (Quantum Gate Model)&amp;rdquo;&lt;/strong>. Ces deux méthodes diffèrent considérablement dans leurs approches physiques sous-jacentes, les tâches de calcul dans lesquelles elles excellent, et les défis matériels liés à leur mise en œuvre.&lt;/p>
&lt;p>Cet article compare et explique ces deux méthodes en profondeur, depuis une perspective hautement détaillée et technique, abordant les principes physiques, les modèles mathématiques (modèle d&amp;rsquo;Ising, QUBO, transformations unitaires, etc.), les limites technologiques actuelles, jusqu&amp;rsquo;aux cas d&amp;rsquo;utilisation spécifiques.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="1-fondements-du-calcul-quantique--différences-fondamentales-avec-les-ordinateurs-classiques">1. Fondements du calcul quantique : Différences fondamentales avec les ordinateurs classiques
&lt;/h2>&lt;p>Les ordinateurs classiques traitent l&amp;rsquo;information sous forme de &amp;ldquo;bits (Bit)&amp;rdquo; qui prennent l&amp;rsquo;état &amp;ldquo;0&amp;rdquo; ou &amp;ldquo;1&amp;rdquo;. En revanche, les ordinateurs quantiques utilisent des &amp;ldquo;qubits (Qubit)&amp;rdquo;. Grâce au principe de &amp;ldquo;superposition (Superposition)&amp;rdquo; de la mécanique quantique, un qubit peut posséder simultanément et de manière probabiliste les états 0 et 1.&lt;/p>
&lt;p>De plus, en utilisant un phénomène appelé &amp;ldquo;intrication quantique (Entanglement)&amp;rdquo;, les états de plusieurs qubits deviennent fortement corrélés, de sorte qu&amp;rsquo;une opération sur un qubit affecte instantanément l&amp;rsquo;ensemble du système. Cela permet des calculs de type traitement parallèle (parallélisme quantique).&lt;/p>
&lt;p>Cependant, les états quantiques sont extrêmement vulnérables aux bruits externes (chaleur, ondes électromagnétiques, etc.), et le phénomène de &amp;ldquo;décohérence (Decoherence)&amp;rdquo;, où l&amp;rsquo;état se brise et revient à un état classique, constitue un défi majeur. La différence dans l&amp;rsquo;approche de ce problème de bruit conduit à une grande différence dans la philosophie de conception entre le recuit et le modèle à portes.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="2-détails-du-recuit-quantique-quantum-annealing">2. Détails du recuit quantique (Quantum Annealing)
&lt;/h2>&lt;p>Le recuit quantique est une architecture de calcul spécialisée principalement dans la résolution de &lt;strong>&amp;ldquo;problèmes d&amp;rsquo;optimisation combinatoire&amp;rdquo;&lt;/strong>. Il est basé sur une théorie proposée en 1998 par Manpei Kadowaki et Hidetoshi Nishimori de l&amp;rsquo;Institut de Technologie de Tokyo (Tokyo Tech), et est devenu largement connu lorsque l&amp;rsquo;entreprise canadienne D-Wave Systems l&amp;rsquo;a commercialisé pour la première fois au monde.&lt;/p>
&lt;h3 id="21-mécanisme-physique--modèle-dising-en-champ-transverse-et-fluctuations-quantiques">2.1. Mécanisme physique : Modèle d&amp;rsquo;Ising en champ transverse et fluctuations quantiques
&lt;/h3>&lt;p>Le recuit quantique utilise la propriété des systèmes physiques naturels qui tendent à s&amp;rsquo;installer dans &amp;ldquo;l&amp;rsquo;état d&amp;rsquo;énergie le plus bas (état fondamental)&amp;rdquo; pour effectuer des calculs.&lt;/p>
&lt;p>Dans l&amp;rsquo;approche classique du &amp;ldquo;recuit simulé (Simulated Annealing)&amp;rdquo;, les fluctuations thermiques sont utilisées pour échapper aux solutions optimales locales (minimums locaux). En revanche, le recuit quantique utilise les &amp;ldquo;fluctuations quantiques (Quantum Fluctuation)&amp;rdquo; pour traverser les barrières d&amp;rsquo;énergie grâce à &amp;ldquo;l&amp;rsquo;effet tunnel quantique (Quantum Tunneling)&amp;rdquo;, explorant ainsi plus efficacement la solution optimale globale (minimum global).&lt;/p>
&lt;p>L&amp;rsquo;évolution temporelle du système de recuit quantique est décrite par le Hamiltonien suivant (l&amp;rsquo;opérateur représentant l&amp;rsquo;énergie totale du système) $H(t)$.&lt;/p>
$$ H(t) = A(t) H_0 + B(t) H_P $$
&lt;p>Ici, $t$ est le temps, $A(t)$ est une fonction décroissante progressivement, et $B(t)$ est une fonction croissante progressivement.&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>&lt;strong>$H_0$ (Hamiltonien initial)&lt;/strong> : Représente le champ transverse (Transverse field) et génère les fluctuations quantiques.
$$ H_0 = - \sum_{i} \sigma_i^x $$
($\sigma_i^x$ est la matrice de Pauli X, représentant l&amp;rsquo;inversion du bit.)&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>$H_P$ (Hamiltonien du problème)&lt;/strong> : Le modèle d&amp;rsquo;Ising (Ising Model) représentant le problème d&amp;rsquo;optimisation à résoudre.&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;p>À l&amp;rsquo;état initial ($t=0$), $A(0)$ est au maximum, et le système est dans l&amp;rsquo;état fondamental de $H_0$ (un état où tous les états sont superposés de manière égale). À partir de là, on affaiblit lentement le champ transverse au fil du temps, tout en renforçant simultanément l&amp;rsquo;interaction du Hamiltonien du problème.&lt;/p>
&lt;h3 id="22-calcul-quantique-adiabatique-adiabatic-quantum-computation">2.2. Calcul quantique adiabatique (Adiabatic Quantum Computation)
&lt;/h3>&lt;p>Ce qui est important dans ce processus, c&amp;rsquo;est le &lt;strong>&amp;ldquo;Théorème adiabatique (Adiabatic Theorem)&amp;rdquo;&lt;/strong>. Selon le théorème adiabatique, si le système est modifié &amp;ldquo;suffisamment lentement (adiabatiquement)&amp;rdquo;, le système restera toujours dans l&amp;rsquo;état fondamental du Hamiltonien à chaque instant.&lt;/p>
&lt;p>En d&amp;rsquo;autres termes, lorsque finalement $A(t) \to 0$ et $B(t) \to 1$, le système a atteint l&amp;rsquo;état fondamental de $H_P$, c&amp;rsquo;est-à-dire &lt;strong>&amp;ldquo;la solution exacte du problème d&amp;rsquo;optimisation&amp;rdquo;&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph TD
A["Hamiltonien H_0 (État initial)"] -->|"Changement adiabatique (suffisamment lent)"| B["Maintien constant de l'état fondamental"]
A -->|"Changement non-adiabatique (trop rapide / bruit thermique)"| C["Transition vers l'état excité (Erreur)"]
B --> D["Hamiltonien H_P (Solution optimale globale)"]
C --> E["Piégé dans une solution optimale locale"]
D --> F["Lecture de la solution"]
E --> F&lt;/div>
&lt;h3 id="23-cartographie-de-qubo-au-modèle-dising">2.3. Cartographie de QUBO au modèle d&amp;rsquo;Ising
&lt;/h3>&lt;p>Pour résoudre des problèmes du monde réel avec un recuiseur quantique, le problème doit être formulé sous la forme &lt;strong>QUBO (Quadratic Unconstrained Binary Optimization : Optimisation binaire quadratique sans contrainte)&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;p>La fonction objectif de QUBO est définie comme suit.
&lt;/p>
$$ \min_{x \in \{0,1\}^n} \sum_{i} Q_{ii} x_i + \sum_{i &lt; j} Q_{ij} x_i x_j $$
&lt;p>
Ici, $x_i \in \{0, 1\}$ sont des variables binaires, et $Q$ est la matrice de poids.&lt;/p>
&lt;p>Étant donné que le matériel (comme D-Wave) gère des spins physiques (vers le haut / vers le bas), il est nécessaire de convertir les variables en un modèle d&amp;rsquo;Ising utilisant $\sigma_i \in \{-1, +1\}$. La formule de conversion est la suivante.
&lt;/p>
$$ x_i = \frac{1 - \sigma_i}{2} \quad \text{ou} \quad \sigma_i = 1 - 2x_i $$
&lt;p>En substituant cela dans l&amp;rsquo;équation de QUBO et en simplifiant, on obtient le Hamiltonien $H_P$ du modèle d&amp;rsquo;Ising.
&lt;/p>
$$ H_P = - \sum_{i&lt;j} J_{ij} \sigma_i^z \sigma_j^z - \sum_{i} h_i \sigma_i^z $$
&lt;ul>
&lt;li>$J_{ij}$ : Interaction entre les spins (coefficient de couplage). La force de couplage entre les qubits physiques.&lt;/li>
&lt;li>$h_i$ : Champ magnétique local (biais) pour chaque spin.&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;h3 id="24-matériel-et-défis-du-recuit-quantique-lexemple-de-d-wave">2.4. Matériel et défis du recuit quantique (L&amp;rsquo;exemple de D-Wave)
&lt;/h3>&lt;p>Les processeurs quantiques de D-Wave sont réalisés à l&amp;rsquo;aide de dispositifs supraconducteurs à interférence quantique (SQUID). Le couplage entre les qubits physiques dépend du câblage matériel et n&amp;rsquo;est pas un couplage complet (un état où tous les bits sont interconnectés).
Évoluant du &amp;ldquo;Graphe Chimera (Chimera graph)&amp;rdquo; initial, au &amp;ldquo;Graphe Pegasus (Pegasus)&amp;rdquo; puis au &amp;ldquo;Graphe Zephyr (Zephyr)&amp;rdquo;, la connectivité s&amp;rsquo;est améliorée, mais il reste encore des limitations.&lt;/p>
&lt;p>Par conséquent, un processus appelé &lt;strong>&amp;ldquo;Plongement mineur (Minor Embedding)&amp;rdquo;&lt;/strong> est nécessaire pour cartographier un problème avec une structure de graphe complexe sur le graphe physique. Étant donné que cela utilise plusieurs qubits physiques (une chaîne) pour représenter une variable logique, il y a le problème que le nombre effectif de qubits utilisables diminue, ce qui entraîne une réduction de la précision de calcul.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="3-détails-du-modèle-à-portes-quantiques-quantum-gate-model">3. Détails du modèle à portes quantiques (Quantum Gate Model)
&lt;/h2>&lt;p>Le modèle à portes quantiques est une extension mécanique quantique des portes logiques des ordinateurs classiques (AND, OR, NOT, etc.), et est une architecture qui permet le &lt;strong>&amp;ldquo;Calcul Quantique Universel (Universal Quantum Computation)&amp;rdquo;&lt;/strong>. De nombreuses entreprises comme IBM, Google, Rigetti et IonQ ont adopté cette approche.&lt;/p>
&lt;h3 id="31-transformation-unitaire-et-vecteur-détat">3.1. Transformation unitaire et vecteur d&amp;rsquo;état
&lt;/h3>&lt;p>Dans le modèle à portes quantiques, l&amp;rsquo;état de l&amp;rsquo;ensemble du système de qubits est représenté comme un &amp;ldquo;Vecteur d&amp;rsquo;état (State Vector)&amp;rdquo; $|\psi\rangle$. L&amp;rsquo;état d&amp;rsquo;un qubit unique est exprimé par la combinaison linéaire des états de base $|0\rangle$ et $|1\rangle$ comme suit.
&lt;/p>
$$ |\psi\rangle = \alpha |0\rangle + \beta |1\rangle $$
&lt;p>
Ici, $\alpha$ et $\beta$ sont des amplitudes de probabilité complexes, satisfaisant $|\alpha|^2 + |\beta|^2 = 1$. Cet état est géométriquement visualisé comme un point sur la &amp;ldquo;Sphère de Bloch (Bloch Sphere)&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;p>L&amp;rsquo;étape de calcul quantique est décrite comme l&amp;rsquo;application d&amp;rsquo;un &lt;strong>opérateur unitaire (Unitary Operator) $U$&lt;/strong> au vecteur d&amp;rsquo;état. Une matrice unitaire a la propriété que $U^\dagger U = I$ (le produit avec son conjugué hermitien donne la matrice identité), ce qui est une opération réversible correspondant à l&amp;rsquo;évolution temporelle de l&amp;rsquo;équation de Schrödinger en mécanique quantique.
&lt;/p>
$$ |\psi_{t+1}\rangle = U_t |\psi_t\rangle $$
&lt;h3 id="32-portes-quantiques-de-base-et-modèle-de-circuit">3.2. Portes quantiques de base et modèle de circuit
&lt;/h3>&lt;p>L&amp;rsquo;algorithme de calcul quantique est conçu comme une séquence de portes quantiques (circuit quantique).&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>&lt;strong>Portes de Pauli (X, Y, Z)&lt;/strong> : Rotation de 180 degrés autour de chaque axe sur la sphère de Bloch. La porte X équivaut à la porte NOT classique.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Porte de Hadamard (H)&lt;/strong> : Transforme $|0\rangle$ en $\frac{|0\rangle + |1\rangle}{\sqrt{2}}$, créant un état de superposition.
$$ H = \frac{1}{\sqrt{2}} \begin{pmatrix} 1 &amp; 1 \\ 1 &amp; -1 \end{pmatrix} $$&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Porte CNOT (Controlled-NOT)&lt;/strong> : Porte à 2 qubits. Applique une porte X au bit cible uniquement lorsque le bit de contrôle est $|1\rangle$. Cela génère l&amp;rsquo;intrication quantique (Entanglement).&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;p>Tout algorithme quantique peut être exprimé de manière approximative par une combinaison d&amp;rsquo;un petit nombre de portes à 1 qubit et de portes CNOT (ensemble de portes universelles).&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph LR
Q0["Qubit 0: |0>"] --> H1["Porte de Hadamard (H)"]
Q1["Qubit 1: |0>"] --> I1["Opération identité (I)"]
H1 --> C1["Bit de contrôle (Control)"]
I1 --> T1["Bit cible (Target)"]
C1 -. "Intrication" .- T1
C1 --> M0["Mesure (Measurement)"]
T1 --> M1["Mesure (Measurement)"]
M0 --> Result["Résultat classique (0 ou 1)"]
M1 --> Result&lt;/div>
&lt;h3 id="33-correction-derreurs-et-le-chemin-de-nisq-à-ftqc">3.3. Correction d&amp;rsquo;erreurs et le chemin de NISQ à FTQC
&lt;/h3>&lt;p>Le plus grand défi du modèle à portes quantiques est la &amp;ldquo;décohérence&amp;rdquo;, où l&amp;rsquo;état quantique est détruit par le bruit. À mesure que les étapes de calcul (profondeur de circuit) s&amp;rsquo;allongent, les erreurs s&amp;rsquo;accumulent.&lt;/p>
&lt;p>Pour effectuer des calculs idéaux, la &lt;strong>correction d&amp;rsquo;erreurs quantiques (Quantum Error Correction)&lt;/strong> est essentielle. Par exemple, avec des méthodes comme le &amp;ldquo;Code de surface (Surface Code)&amp;rdquo;, plusieurs qubits physiques sont regroupés pour former un seul &amp;ldquo;qubit logique (Logical Qubit)&amp;rdquo; sans erreur. Cependant, la création d&amp;rsquo;un qubit logique nécessite des milliers à des dizaines de milliers de qubits physiques, ce qui entraîne une énorme surcharge.&lt;/p>
&lt;p>L&amp;rsquo;étape à laquelle nous nous trouvons actuellement est l&amp;rsquo;ère des dispositifs &lt;strong>NISQ (Noisy Intermediate-Scale Quantum)&lt;/strong> de plusieurs dizaines à centaines de qubits sans correction d&amp;rsquo;erreurs. La réalisation d&amp;rsquo;un &lt;strong>FTQC (Fault-Tolerant Quantum Computing : Calcul quantique tolérant aux pannes)&lt;/strong> avec une correction d&amp;rsquo;erreurs complète nécessite encore de nombreuses percées.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="4-résumé-de-la-comparaison-technique-et-mathématique">4. Résumé de la comparaison technique et mathématique
&lt;/h2>&lt;p>Comparaison des différences fondamentales entre les deux architectures.&lt;/p>
&lt;table>
&lt;thead>
&lt;tr>
&lt;th style="text-align:left">Élément de comparaison&lt;/th>
&lt;th style="text-align:left">Recuit quantique (Quantum Annealing)&lt;/th>
&lt;th style="text-align:left">Modèle à portes quantiques (Gate Model)&lt;/th>
&lt;/tr>
&lt;/thead>
&lt;tbody>
&lt;tr>
&lt;td style="text-align:left">&lt;strong>Modèle de calcul&lt;/strong>&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">Calcul quantique adiabatique (évolution temporelle continue du Hamiltonien)&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">Transformation unitaire (séquence d&amp;rsquo;opérations de portes discrètes)&lt;/td>
&lt;/tr>
&lt;tr>
&lt;td style="text-align:left">&lt;strong>Problèmes adaptés&lt;/strong>&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">Problèmes d&amp;rsquo;optimisation combinatoire (QUBO, modèle d&amp;rsquo;Ising)&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">Universel (simulation de chimie quantique, factorisation en nombres premiers, recherche, etc.)&lt;/td>
&lt;/tr>
&lt;tr>
&lt;td style="text-align:left">&lt;strong>Capacité d&amp;rsquo;expression&lt;/strong>&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">Optimisation heuristique (solution approximative)&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">Équivalent à la machine de Turing quantique universelle (tout calcul est théoriquement possible)&lt;/td>
&lt;/tr>
&lt;tr>
&lt;td style="text-align:left">&lt;strong>Exemples d&amp;rsquo;implémentation&lt;/strong>&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">D-Wave Systems&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">IBM, Google, Quantinuum, IonQ, etc.&lt;/td>
&lt;/tr>
&lt;tr>
&lt;td style="text-align:left">&lt;strong>Tolérance au bruit&lt;/strong>&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">Relativement forte (car il reste près de l&amp;rsquo;état fondamental, un certain niveau de bruit thermique est tolérable)&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">Très faible (un léger bruit décale la phase et détruit le résultat du calcul)&lt;/td>
&lt;/tr>
&lt;tr>
&lt;td style="text-align:left">&lt;strong>Évolutivité&lt;/strong>&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">Échelle de milliers à dizaines de milliers de qubits (dépend de la structure physique. La création de bits logiques est difficile)&lt;/td>
&lt;td style="text-align:left">Échelle de centaines de qubits (nécessite une échelle de millions pour le FTQC)&lt;/td>
&lt;/tr>
&lt;/tbody>
&lt;/table>
&lt;p>Le recuit quantique est adapté à la résolution de problèmes d&amp;rsquo;optimisation en tant que &amp;ldquo;coprocesseur spécifique&amp;rdquo; complétant les limites des ordinateurs classiques. D&amp;rsquo;autre part, le modèle à portes quantiques est la version quantique de l&amp;rsquo;&amp;ldquo;ordinateur polyvalent&amp;rdquo;, et vise ultimement à une capacité de calcul qui surpasse les ordinateurs classiques (suprématie quantique), mais la construction du matériel est extrêmement difficile.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="5-limites-et-défis-actuels">5. Limites et défis actuels
&lt;/h2>&lt;h3 id="limites-du-recuit-quantique">Limites du recuit quantique
&lt;/h3>&lt;ol>
&lt;li>&lt;strong>Limitation de la connectivité (Connectivity)&lt;/strong> : En raison du plongement mineur mentionné précédemment, lorsque la taille du problème augmente, le nombre de qubits physiques nécessaires augmente de manière exponentielle.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Précision des coefficients (Precision)&lt;/strong> : L&amp;rsquo;erreur physique lors du réglage des paramètres analogiques tels que $J_{ij}$ et $h_i$ sur le matériel affecte directement la qualité de la solution.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Température et transitions non-adiabatiques&lt;/strong> : Étant donné que la température du système n&amp;rsquo;est pas au zéro absolu, il y a une probabilité de s&amp;rsquo;écarter de la solution optimale en raison de l&amp;rsquo;excitation thermique.&lt;/li>
&lt;/ol>
&lt;h3 id="limites-du-modèle-à-portes-quantiques">Limites du modèle à portes quantiques
&lt;/h3>&lt;ol>
&lt;li>&lt;strong>Temps de cohérence (Coherence Time)&lt;/strong> : Le temps pendant lequel un état quantique peut être maintenu n&amp;rsquo;est que de quelques microsecondes à quelques millisecondes, ce qui limite sévèrement le nombre de portes (profondeur de circuit) pouvant être exécutées pendant ce temps.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Fidélité des portes (Gate Fidelity)&lt;/strong> : Le taux d&amp;rsquo;erreur de fonctionnement des portes à 2 qubits (CNOT, etc.) n&amp;rsquo;est toujours pas suffisamment bas (généralement autour de 99.x%). Pour réaliser le FTQC, cela doit être élevé à plus de 99.99%.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Volume quantique (Quantum Volume)&lt;/strong> : Le plus grand défi actuel est de mettre à l&amp;rsquo;échelle non seulement le nombre de qubits, mais aussi la capacité de calcul effective (volume quantique), qui tient compte de l&amp;rsquo;interconnexion et des taux d&amp;rsquo;erreur.&lt;/li>
&lt;/ol>
&lt;hr>
&lt;h2 id="6-cas-dutilisation-spécifiques-et-algorithmes">6. Cas d&amp;rsquo;utilisation spécifiques et algorithmes
&lt;/h2>&lt;p>Examinons les domaines d&amp;rsquo;application spécifiques dans lesquels chaque méthode excelle.&lt;/p>
&lt;h3 id="61-cas-dutilisation-du-recuit-quantique">6.1. Cas d&amp;rsquo;utilisation du recuit quantique
&lt;/h3>&lt;ul>
&lt;li>&lt;strong>Logistique et Routage&lt;/strong> : Optimisation des itinéraires de livraison pour de multiples véhicules (une variation du problème du voyageur de commerce). Recherche d&amp;rsquo;itinéraire en temps réel tenant compte des embouteillages.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Ingénierie financière&lt;/strong> : Optimisation de portefeuille. Recherche d&amp;rsquo;une combinaison de titres qui maximise le rendement tout en minimisant les risques.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Apprentissage automatique&lt;/strong> : Sélection de caractéristiques (Feature Selection). Extraction de la combinaison de variables contribuant le plus à la prédiction à partir d&amp;rsquo;ensembles de données massifs.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Industrie manufacturière&lt;/strong> : Problème d&amp;rsquo;ordonnancement d&amp;rsquo;atelier (Job-shop scheduling) dans les usines (quelle machine doit traiter quelle pièce et dans quel ordre pour être le plus rapide).&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;h3 id="62-cas-dutilisation-du-modèle-à-portes-quantiques">6.2. Cas d&amp;rsquo;utilisation du modèle à portes quantiques
&lt;/h3>&lt;ul>
&lt;li>&lt;strong>Simulation de chimie quantique&lt;/strong> : Simule les états énergétiques des molécules et les réactions chimiques avec une grande précision.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Factorisation en nombres premiers (Algorithme de Shor)&lt;/strong> : Un algorithme qui factorise d&amp;rsquo;énormes nombres composés en temps polynomial. Lorsque cela sera mis en pratique, les infrastructures de cryptographie à clé publique actuelles, telles que le chiffrement RSA, seront compromises, rendant la transition vers la cryptographie post-quantique (PQC) urgente.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Recherche dans une base de données (Algorithme de Grover)&lt;/strong> : Lors de la recherche de données cibles dans une base de données non triée, les ordinateurs classiques nécessitent $O(N)$ étapes, mais l&amp;rsquo;algorithme de Grover peut effectuer la recherche en $O(\sqrt{N})$ étapes.&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;h3 id="63-algorithmes-hybrides-de-lère-nisq--vqe-et-qaoa">6.3. Algorithmes hybrides de l&amp;rsquo;ère NISQ : VQE et QAOA
&lt;/h3>&lt;p>Pour surmonter la limitation des circuits quantiques peu profonds des dispositifs NISQ, les &amp;ldquo;Algorithmes quantiques variationnels (Variational Quantum Algorithms)&amp;rdquo;, qui combinent les avantages des ordinateurs quantiques et classiques, attirent l&amp;rsquo;attention.&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>&lt;strong>VQE (Variational Quantum Eigensolver)&lt;/strong> : Algorithme pour trouver l&amp;rsquo;énergie de l&amp;rsquo;état fondamental d&amp;rsquo;une molécule. Il prépare un état quantique à l&amp;rsquo;aide d&amp;rsquo;un circuit quantique paramétré (Ansatz) et mesure l&amp;rsquo;espérance de l&amp;rsquo;énergie $\langle \psi(\theta) | H | \psi(\theta) \rangle$. En utilisant cette espérance comme fonction objectif, un algorithme d&amp;rsquo;optimisation classique (comme la descente de gradient) est utilisé pour mettre à jour les paramètres $\theta$. En répétant cela jusqu&amp;rsquo;à convergence, l&amp;rsquo;état énergétique précis de la molécule est trouvé.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>QAOA (Quantum Approximate Optimization Algorithm)&lt;/strong> : Algorithme pour résoudre des problèmes d&amp;rsquo;optimisation combinatoire à l&amp;rsquo;aide du modèle à portes quantiques. L&amp;rsquo;évolution temporelle adiabatique du recuit quantique est approximée en opérations de portes discrètes par la &amp;ldquo;Trotterisation (Trotterization)&amp;rdquo;, et une solution approximative est obtenue en appliquant alternativement des Hamiltoniens. Le QAOA est prometteur comme un moyen puissant de résoudre des problèmes d&amp;rsquo;optimisation avec la méthode des portes.&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;div class="mermaid">graph TD
User["Problème de l'utilisateur"] --> Formulation{"Nature du problème"}
Formulation -- "Optimisation combinatoire" --> QA_Path["Recuit quantique / Machine d'Ising"]
QA_Path --> QUBO["Formulation QUBO"]
QUBO --> DWave["Exécution sur D-Wave"]
Formulation -- "Calcul chimique / Calcul général" --> Gate_Path["Modèle à portes quantiques"]
Gate_Path --> Circuit["Conception de circuit quantique (VQE / QAOA)"]
Circuit --> IBMGoogle["Exécution matérielle quantique IBM / Google"]&lt;/div>
&lt;hr>
&lt;h2 id="7-conclusion">7. Conclusion
&lt;/h2>&lt;p>Le recuit quantique et le modèle à portes quantiques sont identiques en ce sens qu&amp;rsquo;ils utilisent tous deux les propriétés mystérieuses de la mécanique quantique comme ressources de calcul, mais leurs approches et leurs objectifs sont très différents.&lt;/p>
&lt;ul>
&lt;li>&lt;strong>Le recuit quantique&lt;/strong> est un &amp;ldquo;moteur heuristique spécialisé&amp;rdquo; conçu pour fournir des résultats pratiques à un stade précoce pour le problème réel spécifique de l&amp;rsquo;optimisation combinatoire. Actuellement, des démonstrations de faisabilité (PoC) sont déjà en cours par diverses entreprises.&lt;/li>
&lt;li>&lt;strong>Le modèle à portes quantiques&lt;/strong> est un &amp;ldquo;ordinateur quantique universel&amp;rdquo; qui a le potentiel de renverser fondamentalement les paradigmes de la science informatique, des simulations rigoureuses en physique et chimie jusqu&amp;rsquo;au décryptage. Cependant, une recherche et développement à long terme est nécessaire pour surmonter l&amp;rsquo;énorme obstacle de la correction d&amp;rsquo;erreurs.&lt;/li>
&lt;/ul>
&lt;p>À l&amp;rsquo;avenir, il est attendu qu&amp;rsquo;un environnement de &lt;strong>&amp;ldquo;Calcul hétérogène (Heterogeneous computing)&amp;rdquo;&lt;/strong> sera construit, où un superordinateur classique (HPC) servira de noyau, tout en faisant appel à des machines de recuit pour les tâches d&amp;rsquo;optimisation et à des ordinateurs quantiques de type porte pour les calculs de chimie quantique.&lt;/p>
&lt;p>Les ordinateurs quantiques sont encore une technologie en développement, mais ils évoluent rapidement tant au niveau du matériel que des algorithmes. Comprendre les mathématiques du modèle d&amp;rsquo;Ising et les bases des circuits quantiques sera une arme majeure pour la prochaine ère quantique native.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;p>&lt;em>Cet article explique de manière exhaustive les concepts fondamentaux de l&amp;rsquo;informatique quantique jusqu&amp;rsquo;aux dernières tendances matérielles. Restez à l&amp;rsquo;écoute des futures tendances de recherche.&lt;/em>&lt;/p></description></item><item><title>Le jour où les ordinateurs quantiques seront mis en pratique : situation en 2026</title><link>http://kenji.blog/fr/p/quantum-computing-2026-current-status/</link><pubDate>Fri, 11 Sep 2026 06:00:00 +0900</pubDate><guid>http://kenji.blog/fr/p/quantum-computing-2026-current-status/</guid><description>&lt;img src="http://kenji.blog/p/quantum-computing-2026-current-status/img/eyecatch.jpg" alt="Featured image of post Le jour où les ordinateurs quantiques seront mis en pratique : situation en 2026" />&lt;h2 id="1-introduction--où-en-sont-les-ordinateurs-quantiques-en-2026-">1. Introduction : Où en sont les ordinateurs quantiques en 2026 ?
&lt;/h2>&lt;p>En 2026, l&amp;rsquo;informatique quantique a connu un changement décisif, passant d&amp;rsquo;un ancien &amp;ldquo;rêve théorique&amp;rdquo; à une &amp;ldquo;réalité technique&amp;rdquo;. Alors que les limites des dispositifs &lt;strong>NISQ (Noisy Intermediate-Scale Quantum)&lt;/strong>, qui dominaient jusqu&amp;rsquo;à il y a quelques années, sont devenues claires, les instituts de recherche et les géants de la technologie du monde entier se sont orientés vers la réalisation de &amp;ldquo;l&amp;rsquo;informatique quantique tolérante aux pannes (FTQC : Fault-Tolerant Quantum Computing)&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;p>Dans cet article, nous explorerons en profondeur l&amp;rsquo;état actuel des ordinateurs quantiques, en intégrant les dernières avancées de 2026. En particulier, nous détaillerons la correction d&amp;rsquo;erreurs quantiques (code de surface), la différence entre les qubits physiques et les qubits logiques, les progrès de l&amp;rsquo;informatique quantique topologique, et l&amp;rsquo;avant-garde des méthodes à supraconducteurs et à pièges à ions.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="2-fondements-de-létat-quantique-et-fidélité-fidelity">2. Fondements de l&amp;rsquo;état quantique et fidélité (Fidelity)
&lt;/h2>&lt;p>L&amp;rsquo;unité fondamentale d&amp;rsquo;un ordinateur quantique, le bit quantique (Qubit), contrairement au bit classique (0 ou 1), peut prendre un état de superposition de 0 et de 1. L&amp;rsquo;état d&amp;rsquo;un seul qubit est représenté comme un vecteur dans l&amp;rsquo;espace de Hilbert comme suit :&lt;/p>
$$
|\psi\rangle = \alpha|0\rangle + \beta|1\rangle
$$
&lt;p>Ici, $\alpha$ et $\beta$ sont des amplitudes de probabilité complexes, satisfaisant la condition de normalisation suivante :&lt;/p>
$$
|\alpha|^2 + |\beta|^2 = 1
$$
&lt;p>Un indicateur extrêmement important pour mesurer les performances des calculs quantiques est la &lt;strong>fidélité (Fidelity)&lt;/strong>. La fidélité $F$ entre l&amp;rsquo;état quantique idéal $|\psi\rangle$ et la matrice densité réelle $\rho$, qui s&amp;rsquo;est dégradée pour devenir un état mixte à cause du bruit, est définie comme suit :&lt;/p>
$$
F(\rho, |\psi\rangle) = \langle \psi | \rho | \psi \rangle
$$
&lt;p>À l&amp;rsquo;heure actuelle en 2026, la fidélité des portes à 2 qubits (ex : portes CNOT et portes CZ) dépasse désormais de manière stable le mur des &lt;strong>99,99 %&lt;/strong> (ce que l&amp;rsquo;on appelle les &amp;ldquo;4 neufs&amp;rdquo;) dans les systèmes supraconducteurs. Il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;un chiffre qui dépasse largement le seuil de correction d&amp;rsquo;erreurs par le code de surface (environ 99 %), et constitue l&amp;rsquo;une des plus grandes avancées vers une application pratique.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="3-les-limites-de-lère-nisq-et-le-changement-de-paradigme-vers-ftqc">3. Les limites de l&amp;rsquo;ère NISQ et le changement de paradigme vers FTQC
&lt;/h2>&lt;p>La période allant de la fin des années 2010 au début des années 2020 fut l&amp;rsquo;ère des NISQ (Noisy Intermediate-Scale Quantum), des dispositifs de quelques dizaines à quelques centaines de qubits dépourvus de correction d&amp;rsquo;erreurs. Cependant, les dispositifs NISQ avaient des limites claires.&lt;/p>
&lt;p>À mesure que la profondeur (Depth) du circuit augmente, les erreurs s&amp;rsquo;accumulent de manière exponentielle, rendant impossible l&amp;rsquo;obtention de résultats de calcul significatifs. La probabilité de succès globale $P_{success}$ à une profondeur de circuit $D$ décroît par rapport à la fidélité d&amp;rsquo;une seule porte $f$ et au nombre de portes $N$ comme suit :&lt;/p>
$$
P_{success} \approx f^N
$$
&lt;p>Si $f = 0.99$ et que 1000 portes sont appliquées, le résultat sera $0.99^{1000} \approx 4.3 \times 10^{-5}$, et sera presque enfoui dans le bruit aléatoire. Pour cette raison, en 2026, au lieu d&amp;rsquo;une mise à l&amp;rsquo;échelle directe des algorithmes NISQ (comme VQE ou QAOA), les ressources se concentrent sur la génération de &lt;strong>qubits logiques (Logical Qubit)&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="4-correction-derreurs-quantiques-et-qubits-logiques--à-la-pointe-du-code-de-surface">4. Correction d&amp;rsquo;erreurs quantiques et qubits logiques : À la pointe du code de surface
&lt;/h2>&lt;p>La correction d&amp;rsquo;erreurs quantiques (QEC : Quantum Error Correction) est une technologie qui encode plusieurs &amp;ldquo;qubits physiques&amp;rdquo; pour créer un &amp;ldquo;qubit logique&amp;rdquo;, permettant de détecter et de corriger les erreurs. Actuellement, le code le plus prometteur est le &lt;strong>code de surface (Surface Code)&lt;/strong>.&lt;/p>
&lt;h3 id="41-structure-du-code-de-surface-surface-code">4.1 Structure du code de surface (Surface Code)
&lt;/h3>&lt;p>Dans le code de surface, les qubits sont disposés dans une grille bidimensionnelle. Les qubits de données (conservant les informations réelles) et les qubits de mesure (pour la mesure du syndrome) sont disposés comme sur un damier.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">graph TD
A["Qubit de données (D1)"] --- B["Qubit de mesure (M1)"]
B --- C["Qubit de données (D2)"]
C --- D["Qubit de mesure (M2)"]
D --- E["Qubit de données (D3)"]
B --- F["Qubit de données (D4)"]
D --- G["Qubit de données (D5)"]
style A fill:#e1f5fe,stroke:#039be5
style C fill:#e1f5fe,stroke:#039be5
style E fill:#e1f5fe,stroke:#039be5
style F fill:#e1f5fe,stroke:#039be5
style G fill:#e1f5fe,stroke:#039be5
style B fill:#fff3e0,stroke:#fb8c00
style D fill:#fff3e0,stroke:#fb8c00&lt;/div>
&lt;p>Il utilise les opérateurs de stabilisateur $S_x$ et $S_z$ pour surveiller constamment le retournement de bit (erreur X) et le retournement de phase (erreur Z).&lt;/p>
$$
S_x = \prod_{i \in \text{star}} X_i, \quad S_z = \prod_{j \in \text{plaquette}} Z_j
$$
&lt;p>L&amp;rsquo;avancée majeure de 2026 est le dépassement complet du &amp;ldquo;seuil de rentabilité (Break-even point)&amp;rdquo;. En d&amp;rsquo;autres termes, le bruit éliminé par la correction d&amp;rsquo;erreurs est devenu plus important que le bruit causé par les circuits supplémentaires pour l&amp;rsquo;effectuer, permettant ainsi à la durée de vie du qubit logique de dépasser de plusieurs ordres de grandeur celle du qubit physique.&lt;/p>
&lt;h3 id="42-cycle-de-correction-derreurs-quantiques">4.2 Cycle de correction d&amp;rsquo;erreurs quantiques
&lt;/h3>&lt;p>La correction d&amp;rsquo;erreurs fonctionne comme une boucle de rétroaction continue.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">sequenceDiagram
participant D as "Qubits de données"
participant M as "Qubits ancillaires/de mesure"
participant C as "Contrôleur classique"
loop "Cycle d'extraction de syndrome (approx 1 microsec)"
D->>M: "Intriquer (CNOT/CZ)"
M->>C: "Mesurer l'état (Syndrome)"
C->>C: "Décoder le syndrome (ex: Minimum Weight Perfect Matching)"
C-->>D: "Appliquer la correction de Pauli (si nécessaire)"
end&lt;/div>
&lt;p>Aujourd&amp;rsquo;hui, la technologie pour exécuter ce traitement de décodage classique (analyse de syndrome) en nanosecondes avec des FPGA ou des ASIC dédiés a été établie, et la correction d&amp;rsquo;erreurs en temps réel est entrée dans la phase de mise en œuvre pratique.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="5-évolution-de-larchitecture-matérielle-édition-2026">5. Évolution de l&amp;rsquo;architecture matérielle (Édition 2026)
&lt;/h2>&lt;p>Le matériel quantique en 2026 évolue principalement selon trois axes : la &amp;ldquo;méthode à supraconducteurs&amp;rdquo;, la &amp;ldquo;méthode à pièges à ions&amp;rdquo; et la &amp;ldquo;méthode topologique&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;h3 id="51-intégration-des-qubits-supraconducteurs">5.1 Intégration des qubits supraconducteurs
&lt;/h3>&lt;p>La méthode supraconductrice est un domaine mené par IBM et Google, et le qubit transmon utilisant des jonctions Josephson y est dominant. En 2026, des mégapuces intégrant des milliers à dix mille qubits physiques sur une seule puce ont été réalisées.&lt;/p>
&lt;p>Il convient de noter tout particulièrement l&amp;rsquo;établissement d&amp;rsquo;&lt;strong>interconnexions quantiques inter-modules (Quantum Interconnects)&lt;/strong>. La téléportation quantique entre puces utilisant des photons micro-ondes a été implémentée au niveau commercial, permettant de contourner les limites de taille d&amp;rsquo;un seul réfrigérateur à dilution.&lt;/p>
&lt;h3 id="52-mise-à-léchelle-bidimensionnelle-des-pièges-à-ions-et-interconnexion-optique">5.2 Mise à l&amp;rsquo;échelle bidimensionnelle des pièges à ions et interconnexion optique
&lt;/h3>&lt;p>La méthode des pièges à ions (menée par Quantinuum, IonQ, etc.) utilise les états d&amp;rsquo;énergie interne des ions en suspension dans le vide comme qubits. Comparée à la méthode supraconductrice, elle présente l&amp;rsquo;avantage d&amp;rsquo;un temps de cohérence T1/T2 extrêmement long et permet une connectivité globale (All-to-All Connectivity).&lt;/p>
&lt;p>La percée de 2026 fut la bidimensionnalisation de l&amp;rsquo;architecture QCCD (Quantum Charge Coupled Device) et la génération d&amp;rsquo;intrication à grande vitesse entre plusieurs pièges à l&amp;rsquo;aide d&amp;rsquo;interconnexions photoniques. Cela a considérablement amélioré la &amp;ldquo;lenteur de la vitesse de porte&amp;rdquo; et la &amp;ldquo;scalabilité&amp;rdquo;, qui étaient les points faibles des pièges à ions.&lt;/p>
&lt;h3 id="53-informatique-quantique-topologique--contrôle-des-anyons">5.3 Informatique quantique topologique : Contrôle des anyons
&lt;/h3>&lt;p>L&amp;rsquo;&lt;strong>informatique quantique topologique&lt;/strong>, longtemps considérée comme une existence théorique, est finalement entrée dans la phase de démonstration expérimentale en 2026. Cette méthode, promue par des entreprises telles que Microsoft, utilise des anyons non abéliens (Non-Abelian Anyons) appelés &amp;ldquo;modes zéro de Majorana (Majorana Zero Modes)&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;p>Les portes quantiques sont exécutées par une opération de tressage (Braiding) qui intervertit les positions des particules d&amp;rsquo;anyons.&lt;/p>
$$
|\psi_{final}\rangle = B_{ij} |\psi_{initial}\rangle
$$
&lt;p>Ici, $B_{ij}$ est l&amp;rsquo;opérateur de tressage. L&amp;rsquo;approche topologique est intrinsèquement résistante au bruit de l&amp;rsquo;environnement (tolérance aux pannes au niveau matériel) car la préservation de l&amp;rsquo;information ne dépend pas de l&amp;rsquo;état local de la particule, mais de la topologie globale du &amp;ldquo;nœud&amp;rdquo;. En 2026, la création du premier qubit logique topologique à haute fidélité au monde a été confirmée, attirant l&amp;rsquo;attention en tant que raccourci puissant vers le FTQC.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;h2 id="6-feuille-de-route-et-perspectives-vers-une-application-pratique">6. Feuille de route et perspectives vers une application pratique
&lt;/h2>&lt;p>Pour que l&amp;rsquo;ordinateur quantique démontre véritablement l&amp;rsquo;&lt;strong>avantage quantique (Quantum Advantage)&lt;/strong> en surpassant les ordinateurs classiques (supercalculateurs) dans des domaines tels que la &amp;ldquo;chimie computationnelle&amp;rdquo;, la &amp;ldquo;science des matériaux&amp;rdquo; et la &amp;ldquo;modélisation financière&amp;rdquo;, des milliers de qubits logiques sont nécessaires.&lt;/p>
&lt;div class="mermaid">gantt
title "Feuille de route de l'informatique quantique (Révisée en 2026)"
dateFormat YYYY
axisFormat %Y
section "Ère NISQ"
"Qubits bruités (&lt;1000)" :done, 2018, 2024
section "Début de la FTQC"
"Démonstration du seuil de rentabilité" :done, 2024, 2026
"Centaines de qubits logiques" :active, 2026, 2028
section "FTQC à grande échelle"
"1000+ qubits logiques (App commerciale)" : 2028, 2030
"Ordinateur quantique universel tolérant aux pannes" : 2030, 2035&lt;/div>
&lt;h3 id="61-défis-actuels-et-avenir">6.1 Défis actuels et avenir
&lt;/h3>&lt;p>Le plus grand défi à l&amp;rsquo;heure actuelle en 2026 réside dans la capacité de refroidissement des immenses cryostats (réfrigérateurs à dilution) nécessaires au maintien de températures extrêmement basses, et dans le câblage (goulot d&amp;rsquo;étranglement des E/S) reliant l&amp;rsquo;équipement de contrôle à température ambiante et la puce quantique à température cryogénique. Face à cela, le développement de puces de contrôle CMOS fonctionnant en environnement cryogénique (Cryo-CMOS) progresse à un rythme effréné.&lt;/p>
&lt;h3 id="conclusion">Conclusion
&lt;/h3>&lt;p>L&amp;rsquo;année 2026 sera enregistrée dans l&amp;rsquo;histoire des ordinateurs quantiques comme &amp;ldquo;l&amp;rsquo;année inaugurale de la mise à l&amp;rsquo;échelle des qubits logiques&amp;rdquo;. Grâce à la démonstration des algorithmes de correction d&amp;rsquo;erreurs, à la modularisation du matériel et aux progrès rapides de l&amp;rsquo;approche topologique, le &amp;ldquo;jour de la mise en pratique&amp;rdquo; n&amp;rsquo;est plus une histoire lointaine, mais un jalon concret à atteindre d&amp;rsquo;ici quelques années. Pour les développeurs d&amp;rsquo;algorithmes quantiques et les entreprises, c&amp;rsquo;est le moment idéal pour investir sérieusement dans la résolution de problèmes en mode &amp;ldquo;quantum-native&amp;rdquo;.&lt;/p>
&lt;hr>
&lt;p>&lt;em>Cet article a été rédigé sur la base des dernières recherches et tendances de l&amp;rsquo;industrie de l&amp;rsquo;informatique quantique en 2026.&lt;/em>&lt;/p></description></item></channel></rss>